DE «A KAA DI» À «A KADI»: LE GOÛT DU DONNER EN DIOULA

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L’Homme est un être qui s’épanouit en société. En même temps, il est naturellement porté à agir selon ses intérêts personnels. Le voilà donc constamment tiraillé entre son égocentrisme congénital et l’altruisme vital, le besoin de vivre avec les autres. La vie sociale qui en découle a consacré, depuis la nuit des temps, des valeurs et des vertus, établi des règles pour faciliter la coexistence pacifique.

Parmi ces valeurs, le respect des autres et de leurs biens occupent une place de choix, ce qui fait du vol un vice et un délit. Le vol est même condamné par les livres saints. Dans la Bible, «Tu ne voleras pas» (Exode 20, 15) est le septième des dix commandements de Dieu. Dans le Coran, au verset 38 de la sourate 5, Allah dit: «Le voleur et la voleuse, à tous deux coupez la main, en punition de ce qu’ils se sont acquis, et comme châtiment de la part d’Allah.»

Dès lors, et surtout à la lumière du châtiment que réserve le Coran au voleur et à la voleuse, c’est ce qu’on donne à une personne qui est bon pour elle, pas ce que qu’elle dérobe. «Demandez, et l’on vous donnera» (Matthieu 7, 7), recommande à juste titre la Bible. Cela semble bien se refléter dans la langue dioula ou malinké parlée en Côte d’Ivoire et plusieurs autres pays d’Afrique.

Dans cette langue transfrontalière, en effet, «a kaa di» signifie «il a donné» et «a kadi» veut dire «c’est bon, c’est doux». Une coïncidence phonologique dans laquelle on peut effectivement trouver une confirmation de ce que c’est ce qu’on donne qui est bon, et donc qu’il faut demander quand on a besoin de quelque chose plutôt que de voler.

Une autre interprétation de cette coïncidence phonologique se trouve dans ce verset biblique: «Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir» (Actes 20, 35). Cela place la générosité et le partage au cœur d’une vie sociale dans laquelle chaque individu peut s’épanouir. Autrement dit, si donner est bon pour celui qui reçoit, il l’est encore davantage pour celui qui donne, d’où l’harmonie de son et de sens entre «a kaa di» («il a donné») et «a kadi» («c’est doux»).

Par Dr. Paul-Bathesty DROMBÉ

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