D’ABIDJAN À « IDJIDJA »

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Pour nos braves et vaillants paysans du milieu rural, Abidjan c’est la Terre promise,  l’Eldorado. Beaucoup en rêvent chaque matin en se rasant ou en balayant la cour familiale. Ils n’hésitent donc pas quand de supposés parents, proches ou lointains, s’en vont leur demander un enfant, de sexe féminin la plupart du temps, pour venir les aider à Abidjan, avec la promesse joyeuse d’améliorer sa situation ou même de la scolariser.

Ils n’ont pas encore connaissance du fait qu’Abidjan, comme le dirait Fana Aïcha, commerçante de légumes au marché de Yopougon-Andokoi, s’apparente à « Idjidja », expression malinké signifiant « démêle-toi » ou « débrouille-toi ».

Effectivement, c’est à cette gymnastique de débrouillards que se livrent quotidiennement les populations d’Abidjan des bas quartiers et de faible pouvoir d’achat qui se font passer pour des gens de classes sociales enviables une fois dans les campagnes, tout comme les enfants qu’elles font venir des villages pour « mieux vivre » chez eux en ville.

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En dépit de cette sombre et écœurante affiche, il ne se passe pas un seul jour sans qu’une candidature à la vie chez des parents dans la capitale économique ivoirienne ne soit enregistrée :

« Ma sœur, laisse ta dernière fille-là venir vivre à Abidjan avec moi. Enlève-la sous les regards guetteurs et menaçants des petits enceinteurs-là. » Ainsi parlent-elles pour commencer.

Ces dames qui se présentent comme des salvatrices de jeunes filles au lendemain supposé incertain, ne sont généralement que de méchantes louves déguisées en agneaux. Parce que les jeunes filles sont vite transformées en bonne à tout faire sous le regard souvent complice de leurs époux qui, du coup, ne semblent ne savoir être hommes qu’au lit, pendant le laps de temps que dure une érection. Elles règnent en maîtresses absolues voire en déesses sombres dans leur foyer. Elles sont flatteuses et ont la bouche fine au moment de prendre les enfants des gens dans les campagnes.

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Une fois à Abidjan, ses enfants « empruntées » en voient des vertes et des pas mûres pendant que les enfants biologiques de la déesse, si elle en a, se tournent les pouces dans la maison.

Des bonnes à tout faire, parfois même jusqu’au lit de la chambre conjugale que la déesse et son serviteur de mari se chargeront de défaire chaudement le moment venu. Comme si cela ne suffisait pas, elles sont la plupart du temps sujettes aux pires traitements. Chacune d’elles a ses expériences amères de cet enfer abidjanais. Elles se meuvent toute la journée, souvent seules, entre les tâches de lessive, de vaisselle, de nettoyage, de cuisine, de garde d’enfants, de vendeuses ambulantes de jus et/ou d’eau glacée, pour ne citer que les tâches les plus courantes.

Sans oublier les coups violents qu’on leur assène au passage et les tonnes d’injures versées quotidiennement sur leur compte pour un sachet d’eau percé. Voici des mots qui me font encore grelotter de furie : « Même malade on me forçait à aller vendre », « Tu es venue m’aider dans les tâches et non te reposer », « Je n’avais pas droit à tous les repas ». C’est le triste témoignage de ma sœur aînée, Drigbé Djéba Prisca, qui s’était vu affecter chez sa tante maternelle à la fin des années 1990, initialement pour sa scolarisation. Mais hélas, mille fois hélas !

       Par Zèdo Landry DRIGBÉ

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