CÔTE D’IVOIRE: UN DÉSERT ÉMERGENT À L’HORIZON 2035

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La Côte d’Ivoire est un pays de l’Afrique de l’Ouest d’une superficie de 322 462 Km2. Elle est couverte dans ses parties sud, ouest et est d’une belle forêt tropicale et en ses partes centre et nord de savane arborée et herbeuse. A la veille de son indépendance, le pays disposait de 16 millions d’hectares de forêt naturelle. Mais ayant misé l’amorce de son développement sur l’exploitation agricole et forestière, le pays est aujourd’hui menacé par une crise environnementale et climatique sans précédent.

Certaines études les plus optimistes attribuent aujourd’hui 3 à 4 millions d’hectares de forêt. D’autres encore crédibles et moins optimistes menées par le Centre pour la Coopération Internationale en Agronomie et Développement (CIRAD) estiment le couvert forestier restant entre 1,8 et 2 millions d’ha. Aussi, de très sérieux programmes collaboratifs des Nations-Unies sur la réduction des émissions dues au déboisement et à la dégradation des forêts dans les pays en développement (ONU-REDD) estiment-ils le taux annuel de déforestation du pays à 2,7%.

Toutes ces études font ressortir que la Côte d’Ivoire sera sous massage cardiaque d’ici 2035 bien entendu dans le domaine environnemental et forestier. Quelles sont les causes et les conséquences de cette déforestation et les pistes de solutions envisagées ?

I- LES CAUSES

Elles sont bien identifiées et connues aussi bien des gouvernants, des gouvernés que des institutions et organisations internationales. Cependant, la répétition étant pédagogique, il est bon de rappeler quelques grands faits de cette déforestation.

1- L’agriculture

A l’accession à l’indépendance, la Côte d’Ivoire a opté pour une politique économique aussi rare que complexe. Il s’agissait d’un fin dosage entre socialisme et libéralisme. Même si en théorie l’on a tendance à la qualifier de libéralisme économique. Ajouté à cela, sa grande hospitalité et la large ouverture de ses frontières aux autres, elle a connu développement économique spectaculaire qualifié de « miracle » de 1960 à 1980. Les fondements de ce miracle étaient essentiellement posés sur l’agriculture et l’exploitation forestière. L’agriculture contribue à presque 30% du PIB et constitue 70% des exportations. Les produits agricoles étaient au départ le binôme café-cacao. La Côte d’Ivoire est le premier producteur de cacao. Une telle production a nécessité de grands espaces de terre et a provoqué une déforestation rapide du territoire. Ajouté à cela, la variété des cultures agricoles due à la chute des cours du cacao et du café a fini par accélérer la disparition des derniers blocs forestiers. Il s’agit de la culture du palmier à huile, de l’hévéa, de l’anacarde etc.

2- L’exploitation forestière

La Côte d’Ivoire a amorcé son développement industriel dans le secteur de la transformation du bois. Elle dispose d’ailleurs d’une des industries les plus performantes dans ce secteur au sein des pays producteurs de bois tropicaux. Notons également qu’une grande partie de la production forestière était exportée sous forme de grume jusqu’en 1994. Enfin, après la fonction publique, ce secteur est le plus gros pourvoyeur d’emplois. Selon l’Organisation Internationales des Bois Tropicaux (OIBT), et Finister, le secteur emploie près de 50.000 personnes auxquelles il faut ajouter des milliers d’emplois dans le milieu informel.

3- Les lacunes du code forestier de 1965

Aucune région de la Côte d’Ivoire n’est dotée d’un quelconque plan d’aménagement. Les terres étaient affectées de façon anarchique à la production. Ce qui importait, c’était la croissance de cette production qui devrait accélérer le développement. Les codes de l’exploitation forestière étaient attribués au départ à d’anciens compagnons du Syndicat Agricole Africain (SAA) et non à des professionnels. L’inopérante vision de la Sodefor quant à la gestion des domaines privés de l’État et la corruption criarde de l’administration en charge de la gestion forestière ont fini par fragiliser le patrimoine forestier du pays.

4- La pression démographique et l’urbanisation galopante

Avec 22 millions d’habitants, la Côte d’Ivoire est l’un des pays d’Afrique de l’Ouest les plus peuplés. Une bonne partie de cette population vient des pays voisins et est essentiellement agricole. Une autre conséquence de cette croissance de cette population est l’extension des villes donc une destruction de certains massifs forestiers.

5- Le développement des infrastructures économiques et industries minières

La Côte d’Ivoire est l’une des économies les plus performantes de l’Afrique de l’Ouest. Un tel résultat ne peut être obtenu sans infrastructures économiques de qualité et en quantité. Les routes, autoroutes, barrages hydroélectriques les pilonnes de transport d’électricité sont construits en quantité et en qualité. L’industrie minière et exploration pétrolière sont en forte croissante, ce qui nécessite le déboisement de grandes surfaces.

6- La crise politico-militaire de 2002 à 2011

Pendant une décennie, le pays a vu sa partition en deux zones : une zone contrôlée par une rébellion venue du Nord et une zone contrôlée par les institutions légales. Les ressources forestières contrôlées par la rébellion ont été pillées, saccagées et surexploitées. Les domaines privés de l’État et même les domaines protégés ont été infiltrés par différentes communautés et chefs des chefs de guerre.

7- L’exploitation illégale du bois et l’intrusion des communautés dans les domaines privés de l’État

Les ressources forestières de la Côte d’Ivoire sont illégalement exploitées. Pour faire face à une demande nationale en produits bois, bois énergie, charbon, et autres, un marché informel s’est créé alimenté par une offre illégale, elle-même entretenue par la corruption depuis la haute sphère de l’administration locale et nationale. Ayant pris gout à cette activité hautement lucrative, ces offreurs illégaux visent même le marché international.

II- LES CONSÉQUENCES

A l’heure actuelle, 200 milles ha de forêts disparaissent selon le Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD). Les conséquences de cette déforestation sont non seulement nombreuses, mais aussi désastreuses. L’on assiste aujourd’hui à un bouleversement météorologique, résultat d’un changement climatique. Le pays connait ses pires sécheresses et inondations. Il est difficile de faire de nos jours une prévision des productions agricoles en Côte d’Ivoire. Certains rapports montrent que les régions actuelles de production de cacao peuvent ne plus être adaptées à la production dans les 30 prochaines années si des solutions rapides ne sont proposées. L’on assiste à un déséquilibre écosystémique, l’apparition de nombreuses maladies, la détérioration du cadre de vie des populations du au changement climatique, la baisse de certaines productions agricoles surtout pour l’alimentation.

III- SOLUTIONS

Pour faire face à cette situation, le pays s’est engagé dans plusieurs processus dont le REDD+ depuis 2011 qui tend à réduire la déforestation et la dégradation des forêts, le processus Flegt depuis juin 2013, processus dont l’objectif est de freiner l’exploitation illégale du bois et le commerce associé. La Côte d’Ivoire soutient et encourage également des initiatives privées telles que Cacao et Forêt dont la déclaration d’intention a été paraphée par de grands groupes chocolatiers, des Ong, des producteurs et des communautés. Cette initiative vise à élaborer un cadre d’actions conjoint qui démontrera comment mettre fin à la déforestation et à la dégradation des forêts liée à la filière cacao. Le pays s’est doté également d’un code forestier novateur en juillet 2014. Son innovation vient du fait qu’il définit clairement la vision du pays quant à sa politique forestière qui est de restaurer 20% de son couvert forestier à l’horizon 2020. Le code définit clairement les droits et devoirs des partis dont l’action impacte directement les forêts. Ce code associe désormais les communautés rurales, les collectivités dans la gestion du patrimoine forestier. Plusieurs décrets d’applications de ce nouveau code sont en préparation, encourageant la création de forêts, le reboisement, la récupération des forêts du domaine privé de l’État infiltrées de façon illégale. Toutes ces bonnes initiatives relèvent de la théorie et le temps presse. Il faut vite passer à l’action afin de sauver notre patrimoine forestier.

Par Bognah Blé

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