CÔTE D’IVOIRE : POURQUOI LES IVOIRIENS SONT-ILS PAUVRES MALGRÉ LA CROISSANCE?

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Le pouvoir ivoirien se vante depuis son accession à la magistrature suprême, d’avoir réussi à booster l’économie de notre pays par un fort taux de croissance. Apparemment, les chiffres révélés à travers les médias dévoilent une santé économique hors pair. Pendant ce temps, les conditions sociales des Ivoiriens ne cesse de s’empirer. Les soupirs, plaintes et complaintes circulent sur les lèvres de la majorité de nos populations. Comment expliquer une telle situation ? La croissance tant vantée profite-t-elle à tous ? Comment peut-on expliquer cette contradiction ? Pourquoi cette permanence de pauvreté chez l’Ivoirien ? Une petite analyse nous permet de situer la réalité des faits.

Ce qu’il convient de constater, c’est qu’en réalité, on note une embellie économique. Le taux de croissance oscille autour de 8%. En 2011, la Côte d’Ivoire sort d’une crise extrêmement grave. La croissance est à près de -3%. Quelle politique le gouvernement a dû adopter ? Un retour en arrière permet de comprendre. Après la deuxième guerre mondiale, toute l’Europe était en crise. Le chômage a atteint son paroxysme. Les infrastructures économiques de base ont été toutes détruites. C’est alors que Keynes conseille aux gouvernements d’augmenter leurs déficits publics en investissant dans les infrastructures économiques de base, c’est-à-dire les BTP (Bâtiments Travaux Publics) (ponts, routes, écoles, etc.). Cette recommandation a pour effet principal d’absorber le chômage et de booster la consommation.

C’est ce processus qui va être recommandé depuis 2010 à un certain nombre de dirigeants d’Afrique francophone par ces institutions de Bretton Woods pour endiguer le chômage chronique et relancer leurs économies. Au Sénégal comme au Burkina Faso, etc., tous ces gros investissements supportés par ces institutions seront orientés vers des travaux pharaoniques : ponts, routes, bâtiments, rénovation de structures éducatives et même l’investissement privé dans quelques petites unités industrielles.

Depuis 2011, inscrite dans cette voie, la Côte d’Ivoire va connaître une construction tous azimuts de routes, de ponts, de bâtiments, d’unités industrielles, etc., ce qui va engendrer une très forte demande en ciment, sable, gravier et en matériaux de construction et booster d’autres secteurs liés à ces travaux, d’où un développement extraordinaire. Conséquence, une relative absorption de la main d’œuvres, donc une relative baisse du chômage. De 2011 où nous étions à près de -3%, nous nous retrouvons en 2013 autour de 5%. À cela il faut ajouter une embellie relative des prix des produits agricoles au plan international, donc une répercussion positive sur les paysans.

Mais alors comment expliquer la pauvreté ambiante ? Premièrement, la corruption et une certaine pression externe font que l’attribution de ces marchés se fait au « noir », donc pas dans la transparence. 90% des entreprises qui exécutent ces travaux sont toutes étrangères. En réalité, les retombées financières sont dirigées vers l’extérieur. Il faut aussi noter aussi que la main d’œuvres peu qualifiée est sous-payée. Deuxièmement, la très mauvaise redistribution des fruits de la croissance.

Jusque-là, ce sont des investissements qui sont uniquement dans les BTP. Ainsi, la Côte d’Ivoire qui se trouve être un pays essentiellement agricole est presque asphyxié puisqu’il n’y a aucune politique agricole transparente, le programme national dit d’investissement agricole étant resté jusque-là théorique. La sous-rémunération et la non valorisation des produits agricoles a engendré un manque de valeur ajoutée, d’où une extrême paupérisation des masses. Par conséquent, près de 60% de la population qui vit de l’agriculture baigne dans la pauvreté et la misère.

En dernier point, nous avons le gap non maîtrisé entre la forte croissance économique et la croissance démographique. La Côte d’Ivoire est l’un des pays qui connaît un fort taux d’immigration au monde, ce qui annihile les effets de la croissance liés aux investissements. Aussi longtemps que notre pays n’aura pas une politique migratoire cohérente, les populations ressentiront moins les effets de cette forte croissance économique et les efforts de développement resteront difficiles à apprécier.

Par N’DRI Siméon, Économiste

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