CÔTE D’IVOIRE : LA DÉCHÉANCE SOCIALE? (2ème Partie et Fin)

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L’impunité et la corruption se sont érigées en mode de gouvernance. C’est constamment que les gouvernants violent nos lois sans être inquiétés. Petit exemple qui est plus visible; vous ne verrez jamais un cortège officiel qui ne roulera pas en sens inverse sur la voie alors que le code de la route l’interdit. Nos dirigeants ne doivent pas se mettre au-dessus de la loi car en le faisant, c’est une porte ouverte à l’anarchie et au désordre. Les scandales de corruption se succèdent dans nos sociétés sans que cela n’émeuvent qui que ce soit. Récemment, l’Autorité Nationale de Régulation des Marchés Publics (ANRMP) a sanctionné une vingtaine d’entreprises en leur interdisant de soumissionner à des marchés publics pour une période de trois ans pour acquisition irrégulière de marchés. Mais nous savons que les gros bonnets, eux, sont protégés. Suivez mon regard (attention je louche oh!). En Côte d’Ivoire, depuis quelques années, on a l’impression que c’est un seul petit groupe d’entreprises qui répond aux critères d’obtention des gros marchés publics.

CÔTE D’IVOIRE : LA DÉCHÉANCE SOCIALE? (1ère Partie)

La violence verbale et physique a envahi le milieu politique. La roublardise et le reniement sont devenus les maîtres mots de l’action politique. Pour l’organisation d’une simple réunion politique, on a noté mort d’homme récemment à Korhogo. Des élus de la nation sont passés maîtres dans les injures publiques visant mêmes les parties intimes de leurs adversaires. Tous les hommes politiques ivoiriens sont devenus maîtres boulangers habitués à rouler adversaires, alliés et populations dans la farine. La parole donnée n’est plus respectée. Les promesses électorales sont reléguées aux calendes grecques. Aujourd’hui, c’est très souvent qu’on entend dire par les jeunes que pour réussir on n’a pas besoin d’aller à l’école, il faut juste prendre les armes pour se rebeller. Le pensent-ils vraiment ou sont-ils en train de dénoncer l’opulence insolente et illégitime dans laquelle baignent les anciens animateurs de la rébellion? Et dans cette atmosphère de dégénérescence généralisée, que font les élites et les intellectuels? Motus et bouche cousue de peur de subir le courroux du pouvoir. La première caractéristique morale d’un intellectuel c’est l’humilité, ensuite vient le courage (c’est un avis propre). Ce sont des mauvais signaux qui sont renvoyés aux jeunes et des mauvais modèles et contre-valeurs qui leurs sont proposés. Que voulez-vous attendre de ces jeunes?

Par ailleurs, la famille, premier cercle de socialisation de l’individu, est elle-même en déconstruction. Des parents démissionnaires ou pire, ils encouragent ouvertement les actes répréhensibles de leur progéniture. Comment exiger de son enfant encore sur les bancs de l’école d’assurer le paiement de telle ou telle charge à la maison. C’est un déni de ressources. C’est à la maison que l’enfant apprend à dire, « bonjour, s’il vous plaît, excusez-moi, pardon, bienvenue, au revoir, etc. ». Toutes ces civilités commencent dans le cercle familial et, si ce n’est pas fait, l’école aura du mal à l’inculquer.

Enfin, quelle place occupe Dieu, la religion et le sacré dans notre société. Une nation qui ne croit en rien est vouée à la perte. Les évènements récents de 2002 et 2011 ont montré comment la religion et le sacré importaient peu pour beaucoup. C’est couramment qu’on a vu des édifices religieux saccagés ou incendiés, des ministres de Dieu intimidés et menacés, certains ont même perdu la vie durant ces moments. Récemment, dans une paroisse à Cocody, une jeune secrétaire dévoué aux œuvres de Dieu a été lâchement et crapuleusement assassinée. L’être humain est sacré. Or le sacré ne fait plus peur aux Ivoiriens. La banalisation à outrance de tout a conduit à cette situation. Comment voulez-vous que des adolescents aient peur de déterrer et de déshabiller un cadavre s’ils ont été habitués à voir des corps jonchés les rues à chaque crise politique? Loin de moi l’idée de justifier ou légitimer cet acte barbare d’un autre âge, je tente simplement comme vous de me l’expliquer.

Il faut une véritable renaissance de la société ivoirienne par les valeurs. Chacun doit jouer le rôle qui est le sien: la famille, l’école, les dirigeants et la société.

La société ivoirienne doit faire sa catharsis pour mieux rebondir. Nous devons rebâtir une société plus juste, plus équitable où chaque citoyen a ce qu’il mérite, où les meilleurs sont félicités, récompensés et valorisés. Nos dirigeants doivent mettre fin au népotisme et au favoritisme pour donner les mêmes chances à chaque citoyen. La vie politique doit être moralisée. Il faut que chacun fasse à son niveau le deuil de la médiocrité et de la fainéantise pour se mettre résolument au travail. Il faut instaurer l’éducation par les modèles et par l’admiration pour faire rêver les jeunes générations et leur redonner espoir en ce pays. C’est à un véritable sursaut moral et spirituel que j’appelle.

Par Arsène KOUAMÉ, Diplômé des sciences de l’éducation à l’ENS.

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