COMPRENDRE « PAQUINOU », LA PÂQUES EN PAYS BAOULÉ (2ème Partie et Fin)

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2. Paquinou, vecteur de partage et de solidarité

Les « 3 P »  qui marquent la pâque chrétienne sont la Pénitence, la Prière et le Partage. Pâques n’est donc pas seulement un moment de prière et de pénitence mais aussi de solidarité envers les pauvres et une invitation au partage et à l’aumône. Paquinou ne déroge pas à cette réalité.

En effet, avant l’avènement de la culture de l’anacarde  à Bourébo (Béoumi) au début des années 2000, les frères et sœurs vivant en basse côte (zones productrices de cultures de rente, principalement le café et le cacao), ainsi que les cadres, étaient les détenteurs exclusifs du pouvoir d’achat.

Pour ces populations relativement aisées, Paquinou est la tribune de la manifestation de leur solidarité envers ceux de leurs frères pauvres. Dans les faits, cette solidarité se traduit par la distribution dans les foyers de sel,  pain,  vêtements,  pagnes, boisson, poisson fumé et tout autre cadeau ou encore de  l’argent en espèce.

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La  solidarité à Paquinou  est si agissante qu’elle est devenue presqu’une obligation pour les villageois qui pensent que nul n’a le droit de s’y soustraire.  Cette obligation est marquée par la fameuse phrase  « Nzouè ablèyéhô? », « Qu’est-ce que tu nous a apporté ? » en langue baoulé.

3. Paquinou ou le passage de la saison sèche à la saison pluvieuse

De façon générale, le peuple baoulé est un peuple essentiellement agricole. Ils sont propriétaires de vastes plantations de café et de cacao dans les principales zones de production de ces cultures (centre-ouest, sud-ouest, ouest, est) en Côte d’Ivoire.

Sans compter avec les effets pervers du réchauffement climatique, Paquinou marque le passage de la saison sèche à la saison pluvieuse, et donc le début des travaux champêtres dans les zones de production agricole.

Si la célébration de Pâque (juive, dans ce cas-ci) rappelle le passage du désert égyptien à la Terre Promise, Paquinou rappelle le passage de la saison sèche (période de repos du planteur) à la saison pluvieuse (début des travaux champêtres).  Paquinou marque donc la transition  entre la saison sèche ou période de repos et la saison pluvieuse ou période des travaux champêtres. N’est-ce pas dans cette période que se cultivent les ignames précoces après la pluie précédant Pâques où la première pluie qui suit?

4. Paquinou, moment de résurrection des villages baoulé

Comme nous l’avons mentionné antérieurement, une partie importante de la population des villages baoulé, pour des raisons économiques bien connues, vivent dans les zones productrices des  principaux  produits d’exportation de la Côte d’Ivoire, le binôme café-cacao. Cet exode vers le centre-ouest, l’ouest, le sud-ouest et l’est dépeuple les villages et y crée une certaine morosité.

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Paquinou, par la population qu’elle draine, la chaleur humaine qu’elle apporte et l’animation particulière qu’elle engendre, est perçue comme un moment de résurrection des villages. Paquinou redonne vie  et vitalité aux villages baoulé. Cette résurrection revêt une triple dimension socioculturelle, économique  et politique. C’est à juste titre que N’dri (2018) mentionne que « Paquinou du Bélier concourt à l’animation  de la capitale politique et administrative ».

Ainsi, du vendredi saint au lundi de Pâques, les villages sont plongés dans une ambiance citadine très inhabituelle avec les soirées dansantes, les restaurants, maquis et débits de boissons ouverts 24 heures /24.

Par ailleurs, quand le village n’est pas électrifié comme c’est le cas de Bourébo au moment de la publication de cet article, l’on assiste à la présence de la lumière qui déchire la pénombre habituelle, effet de l’usage de groupes électrogènes par les familles des cadres du village. Les villages « morts » ressuscitent à l’occasion de Paquinou, à l’image du Christ pour la Pâques chrétienne. Dans le cas qui nous intéresse, il n’est pas exagéré de parler de « Bourébo by night », tant l’animation nocturne apportée par Paquinou est exceptionnelle.

Par Dr KONAN Kouassi Joseph

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