COMPRENDRE « PAQUINOU », LA PÂQUES EN PAYS BAOULÉ (1ère Partie)

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Paquinou, pour le commun des mortels, renvoie à la célébration profane de la Pâques chrétienne par la communauté baoulé.  Au-delà  de l’aspect festif de Paquinou bien connu du grand public ivoirien, nous nous proposons ici d’entrer dans les méandres de cette fête en pays baoulé pour en ressortir le côté mystique ou la face cachée de l’iceberg qui révèle certaines coïncidences inconscientes avec la Pâques chrétienne.

1. La double réconciliation avec les mannes des ancêtres et entre les villageois

Paquinou donne l’occasion à tous les fils et filles du village résidant ailleurs de revenir au bercail pour renouveler leurs alliances, non seulement avec les mannes des ancêtres, mais aussi et surtout avec les frères et sœurs restés au village. En effet, les ressortissants du village vivant à l’étranger ou à tout autre endroit différent de leur Terre d’Origine profitent de la période pascale pour adorer leurs fétiches protecteurs et bienfaiteurs.

Par ailleurs, Paquinou est mis à profit pour, d’une part, organiser la réconciliation entre les cadres qui, pour des questions de leadership ou d’autres raisons, ne s’entendent pas et, d’autre part, pour célébrer la réconciliation entre les frères du village vivant ailleurs et ceux restés sur place.

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Cette dernière réconciliation revêt une importance capitale dans la vie sociale du village. Le fait même de se rendre au village à Paquinou est une sorte de réconciliation tacite avec les villageois. Ne pas s’y rendre est donc synonyme de rupture du cordon ombilical qui nous lie au village.  Ainsi, il n’est pas rare de voir le village refuser la dépouille d’un fils ou d’une fille vivant ailleurs et ayant rompu ce lien sacré par une absence prolongée.

Paquinou donne aussi l’occasion aux fils et filles du village d’offrir des funérailles dignes à leurs défunts qui, pour des raisons diverses, n’avaient pu en bénéficier. Vu sous cet angle, Paquinou se présente aussi comme la période  de la célébration de l’alliance entre les morts et les vivants. C’est donc à juste titre que (Bath, 2014), rapportant les propos laconiques d’un festivalier de Paquinou, fait remarquer que « nous n’allons pas au village en Pâques dans le seul but de nous amuser. Il ya plus important à faire. » Allusion faite aux projets de développement et au renouvellement des différentes alliances qui transcendent la simple expression festive de Paquinou.

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Pour nous les ressortissants de Béoumi notamment, l’alliance avec les mannes des ancêtres se traduit aussi par le masque Goli qui, chaque matin (du vendredi saint au lundi de Pâques), passe saluer les cadres du village pour leur accorder sa bénédiction et sa protection, indépendamment de leurs confessions religieuses. En échange, les cadres offrent aux gardiens de la tradition de la boisson (liqueur). Cette boisson est servie aux mannes des ancêtres sous forme de libation  en leur demandant la protection pour tous. Par ailleurs, il est demandé aux ancêtres d’ôter la vie à toute personne qui attenterait mystiquement ou en sorcellerie à la vie des cadres et visiteurs du village pendant et après les festivités.

Paquinou se présente donc comme  un véritable  retour aux sources marqué par l’expression de notre appartenance à la communauté qui nous a  vus naitre,  qui a vu naitre nos parents et nos ancêtres. Ceux de nos frères qui ne se rendent pas régulièrement au village sont taxés de « kongo yawla », expression très péjorative en langue baoulé pour désigner l’étranger ou le déraciné. À travers ce renouvellement des alliances, Paquinou présente des similitudes insoupçonnées avec l’idée de conversion, prière et de réconciliation prônée par la Pâques chrétienne.

Suite: COMPRENDRE « PAQUINOU », LA PÂQUES EN PAYS BAOULÉ (2ème Partie et Fin)

Par Dr KONAN Kouassi Joseph

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