COMME SI UNE GUERRE CIVILE ÉTAIT UN MATCH DE GALA…

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Hier jeudi 26 septembre 2019, en écoutant «L’Invité Afrique» de RFI Matin, j’ai été particulièrement choqué par la facilité avec laquelle Christophe Boisbouvier parle de guerre civile en analysant l’actualité politique en Côte d’Ivoire. Comme si une guerre civile était un match de gala, comme si on appelait de tous ses vœux la reprise de la guerre en terre ivoirienne pour redonner du grain à moudre aux médias internationaux tout en donnant un coup de pouce à l’industrie funeste des armes en France et ailleurs en Occident.

L’invité du jour était Mathias Hounkpé, lequel devait se prononcer sur la problématique suivante: «Veillée d’armes en Côte d’Ivoire. À un an de la présidentielle, Henri Konan Bédié se rapproche de Laurent Gbagbo et durcit son discours contre Alassane Ouattara. Le conflit Nord-Sud risque-t-il de resurgir? Qui va l’emporter l’an prochain?» Selon les informations recueillies sur le site même de Radio France Internationale, Mathias Hounkpé est un chercheur, membre de la fondation Open Society basée à Dakar au Sénégal.

Les grands maux commencent souvent par de petits mots. En Côte d’Ivoire, la rhétorique de la division et de l’opposition entre le Nord et le Sud a fortement contribué à aggraver la crise sociopolitique qui couvait depuis les années 1990; elle a donc précédé les affrontements armés sur le terrain. S’il est vrai que depuis sa venue au pouvoir l’actuel président n’a rien fait, malheureusement, pour recoller les morceaux, il n’appartient pas en principe aux médias de remuer le coteau dans une plaie qui a déjà du mal à cicatriser.

Mais en même temps, l’Ivoirien que je suis est tenté de dire à Christophe Boisbouvier «C’est pas toi hein, c’est nous-mêmes…» C’est quand tu te vends moins cher que quelqu’un peut proposer de t’acheter à crédit. Dans une Côte d’Ivoire dirigée par des adultes qui donnent chaque jour l’impression d’être mûrs partout sauf dans la tête et le cœur, il suffit en plus de lire le spectacle pitoyable offert quotidiennement par la presse écrite pour ne plus avoir envie d’acheter les journaux. Et c’est peut-être mieux ainsi puisque ce simple geste est devenu un luxe au pays de la pauvreté émergente.

La neuvième question du journaliste français porte sur une éventuelle candidature d’Henri Konan Bédié et si, dans ce cas de figure, Amadou Gon Coulibaly, pressenti pour être le candidat RHDP en 2020, pourrait «faire le poids». Ce à quoi Mathias Hounkpé répond en ces termes:«Disons que, si jamais Henri Konan Bédié se présentait, pour que ce soit crédible, ce serait dans le cadre d’une coalition. Parce que, ce qui va se jouer naturellement, cela va être la division, encore, du pays entre nord et sud. Et je pense que dans une telle perspective il est très difficile d’imaginer ce qui va se produire.» Et le journaliste de rebondir avec cette autre question : «Vous parlez de cette fracture nord-sud. Voulez-vous dire que depuis 2010 les risques de guerre civile n’ont toujours pas disparu?»

Rien d’anormal quand on lit ces mots, l’écriture ne pouvant laisser entendre la voix qui parle. Mais moi j’ai plutôt écouté Christophe Boisbouvier et son invité ce matin-là. Et ce qui m’a glacé, c’est le détachement, l’indifférence, la désinvolture avec laquelle le journaliste prononce l’expression «guerre civile». Comme si c’était la chose la plus naturelle quand il s’agit de la Côte d’Ivoire, quand on parle de l’Afrique. Comme si les enfants, les femmes et les hommes massacrés pendant de telles tragédies ne lui disent plus rien, lui qui est sans doute habitué à les couvrir sur le continent.

Je suis Ivoirien, je vis en Côte d’Ivoire, j’ai une femme et deux petites filles pleines de vie et d’envie de vivre… Comme tant de compatriotes du Nord, du Sud, de l’Est, de l’Ouest, du Centre… Non, nous n’avons pas besoin d’une autre guerre, encore moins d’une guerre entre les populations. Et qu’ils se ressaisissent, ceux qui, tapis dans l’ombre de leur conscience éteinte par des intérêts de bas étage, continuent de tirer les ficelles, d’une façon ou d’une autre. Mais il revient à nous, peuple ivoirien dans toutes nos diversités enrichissantes, de refuser que les mêmes pyromanes reviennent allumer le feu chez nous pour ensuite jouer les pompiers pendant qu’ils vendent leurs armes comme de petits pains pour alimenter le bain de sang et de larmes.

Par Wilaazan KAWISSIÉLO

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