CARNET DE VOYAGE: QUATRE JOURS AU PAYS DE PAUL BIYA (2ème Partie)

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Selon le professeur Ebénézer Billè de l’Université de Yaoundé I, le premier hymne national du pays, chanté par tous jusqu’en 1970, était peu élogieux voire insultant dans sa première strophe:

Ô Cameroun, berceau de nos ancêtres,
Autrefois, tu vécus dans la barbarie.
Comme un soleil, tu commences à paraître,
Peu à peu tu sors de ta sauvagerie.
Que tous tes enfants, du nord au sud,
De l’est à l’ouest soient tout amour.
Te servir que ce soit leur seul but,
Pour remplir leur devoir toujours.

Qu’ont-ils bien pu faire, les Camerounais, pour mériter un tel hymne? Fort heureusement, ce dommage sera modifié et remplacé en 1970 par un hommage, d’où les paroles qui suivent :

Ô Cameroun, berceau de nos ancêtres,
Va debout et jaloux de ta liberté.
Comme un soleil ton drapeau fier doit être
Un symbole ardent de foi et d’unité.
Que tous tes enfants du nord au sud,
de l’est à l’ouest soient tout amour,
Te servir que ce soit leur seul but,
Pour remplir leur devoir toujours.

L’hymne national du Cameroun, un poème-chant à décolonialiser et à réécrire, est le titre d’un livre publié par Thomas Théophile Nug Bissohong, enseignant-chercheur à la Faculté des Lettres et Sciences-Humaines de l’Université de Douala. Dans la préface, le Pr Jacques Fame Ndongo affirme: « Au Cameroun coexistent aujourd’hui deux hymnes nationaux: celui principalement d’essence francophone, et qui est le chant de ralliement composé en 1928 par les élèves de Fulassi puis adopté bien avant la proclamation de l’indépendance en 1960 et légèrement modifié le 20 mai 1970, pour en expurger les dénotations colonialistes tendant à consolider la barbarie et la sauvagerie des nègres, et l’autre texte de l’hymne national, écrit par Bernard Fonlon au moment de la Réunification en 1961 et officiellement reconnu le 12 juillet 1978, d’inspiration anglophone, avec une immersion géopolitique dans le Cameroun profond. »

CARNET DE VOYAGE: QUATRE JOURS AU PAYS DE PAUL BIYA (1ère Partie)

Les deux langues officielles du Cameroun sont donc le français et l’anglais. Le pays se veut bilingue et appartient à la fois à la Francophonie et au Commonwealth. Il s’agit d’un héritage du passé colonial. Le Cameroun ayant été un protectorat à la fois du Royaume-Uni (Cameroun occidental: 1922-1961) et de la France (Cameroun oriental: 1916/1919-1960) jusqu’à son indépendance en 1960. L’allemand, langue du premier colonisateur de 1884 jusqu’en 1916, a gravement perdu de son influence face aux deux successeurs, mais est enseigné comme langue étrangère dans le système éducatif.

Huit des dix régions du Cameroun sont à majorité francophones, soit 83% de la population ; et deux à majorité anglophone, 17% de la population. Les deux plus grandes villes sont Douala, 2 millions d’habitants, capitale économique abritant le principal port ; et Yaoundé, capitale politique et administrative avec plus de 1,7 million d’habitants. La proportion d’anglophones est en régression constante, étant passée de 21% de la population nationale en 1976, à 20% en 1987 et 17% en 2005. Elle est estimée à 16% en 2015.

Le fulfulde est la première langue maternelle du Cameroun, avec 21% de la population comme locuteurs, dans tout le centre et le nord du pays. Il y a aussi le béti et le bassa dans le centre-sud, le boulou et le pindgin english à l’ouest et sur le littoral, l’éwondo à Yaoundé et le douala qui est une langue tonale parlée dans la région côtière. En marge de ces langues, nous avons le camfranglais qui est un argot camerounais à base de français, d’anglais et de langues camerounaises.

  • On va all back au mboa : Nous allons tous rentrer au pays.
  • Le mbom ci est trop chiche : Ce gars est radin.
  • Les ways fort : Les histoires intéressantes.
  • Je wanda : Ça m’étonne !
  • Il fimba à mon cousin : Il ressemble à mon cousin.
  • Je vais te send au ngass : Je vais t’envoyer en prison

C’est leur nouchi local, né aussi dans les années 1970 et parlé surtout à Douala et à Yaoundé. L’artiste Koppo fut le premier à imposer l’usage du camfranglais dans la musique à texte au Cameroun.

Suite: CARNET DE VOYAGE: QUATRE JOURS AU PAYS DE PAUL BIYA (3ème Partie)

Par Dr Assemien Viviane Epse Adiko

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