CARNET DE VOYAGE 20: SINFRA-BOUAFLÉ, NUITAMMENT

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Nous sommes arrivés à Sinfra en fin d’après-midi, le vendredi 15 juin 2018. Pour un séjour éclair. L’élevage semble en plein essor dans la ville ; les troupeaux de bœufs sont devenus presque familiers. Notre mission rapide prend fin dans le petit campement de « Six kilos ». Renseignement pris auprès de Konan Koffi Gérard, un allogène, le vrai nom serait Attoungbrékro, entendez le « village d’Attoungbré » en langue baoulé. Les Baoulé, grands agriculteurs devant l’Éternel, sont connus pour être aussi de grands fondateurs de campements en Côte d’Ivoire.

En commençant ce voyage, nous envisagions de rallier Bouaflé par la voie non bitumée qui le relie à Sinfra. Plutôt que de faire le grand détour par Yamoussoukro. Entre Ivoiriens, il est toujours conseillé de ne pas « long ce qui est court ». Mais dans quel état se trouve la piste en cette saison des pluies ? La question nous a hantés pendant tout le trajet. Jusqu’à ce que plusieurs personnes interrogées nous rassurent. Le temps à gagner valait bien la peine de s’engager sur une route « incertaine » à la tombée de la nuit. 19h06 précises. Le raccourci tient toutes ses promesses puisque 21h nous trouve à Bouaflé. Qui l’eut cru !

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C’est le lieu de plaider pour que cette route, bitumée sur papier selon les mauvaises langues, le soit enfin sur le terrain. Ce sera un gain de temps énorme et un coup de pouce inestimable pour le développement de la région de la Marahoué qui verrait ainsi ses trois départements (Sinfra-Bouaflé-Zuénoula) parfaitement connectés.

Sur notre trajet, pour ce que la nuit de plus en plus épaisse nous laissait entrevoir de temps en temps grâce à un éclairage parfois sommaire, nous trouvons d’abord N’drikro, puis, quelques minutes plus tard, Yaokro. Ambiance contrastée. Ici, des lampes tempêtes se déplacent furtivement dans la nuit. Heureusement qu’il existe encore des « villages » en Côte d’Ivoire.

Sur le tronçon des campements sont perdus dans la nuit, comme nous le sommes pour eux. Des lampes tempêtes transpercent l’obscurité comme des lucioles pour frayer un chemin aux yeux. Difficile pour les nôtres « déformés » par de longues années de présence dans la grande ville. Nous croisons souvent des mobylettes dont certaines font d’abord penser à des voitures jusqu’à ce qu’elles arrivent à notre niveau. Les conducteurs sont obligés de garer sur le côté pour nous céder le passage.

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Nous devons parfois accélérer en voyant une personne arrêtée seule au bord de la piste en pleine brousse, par mesure de prudence. On ne sait jamais. Il existe encore des coupeurs de route ; et l’état de beaucoup de routes leur facilite énormément la tâche. Pas besoin de forcer pour qu’un véhicule s’arrête pour livrer ses occupants à des bandits souvent armés jusqu’aux dents. Profitant de la nuit noire, des villageois sorties se soulager dans les buissons sont momentanément gênés par nos phares. Le prix à payer quand on vient déféquer en bordure de route.

À 19h50, nous sommes à Tribiéfla. Une quinzaine de minutes plus tard, nous arrivons à Guézanoufla. Puis se succèdent, mais pas forcément dans cet ordre, Liadjénoufla, Blanfla, Konéfla, Simporéfla, Gbodoufla, Guessanfla. Des villages parfois très proches les uns des autres. Nous sommes dans la tribu Glwa, celle de ceux et celles qui ont pour totem le chimpanzé. Le nom « glwa » signifie en effet « chimpanzé » en langue gouro. Ailleurs on dit « glôga ».

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Dame Traboué Lou Zéhinan Adèle, originaire de Liadjénoufla, nous rapporte cette version de la légende expliquant comment le chimpanzé est devenu l’animal totémique des Glwa. Un homme ayant construit une maison trouva absurde que la maison qu’il a bâtie de ses mains soit au-dessus de lui. Il décida donc de se coucher sur le toit et se transforma en chimpanzé. Cela fait donc du chimpanzé le grand totem des neuf villages qui composent la tribu glwa. Si l’un d’entre nous ose en consommer la viande, insiste Adèle, il ne tarde pas à s’enfler. Il faut alors faire le sacrifice sur l’autel construit à cet effet pour qu’il se rétablisse.

Liadjénoufla est aussi le village de Marcellin Dadjé Bi, à ce jour l’une des plus belles voix de la musique gouro. Ses textes profonds décrivent la vie ou décrient la mort. Marcellin Dadjé Bi à l’art de faire pleurer et de faire danser. La rivalité entre lui et Bi Pomi Junior est à la fois une source d’inspiration pour les deux artistes et un facteur de mobilisation en pays gouro, chaque fois qu’il faut célébrer un événement heureux ou malheureux. D’autres villages de la tribu glwa, qui ne donnent pas sur la voie principale, sont Samanoufla, Sinfla, Siétinfla, Suéfla ou Bazi. Siétinfla, le plus grand de tous, attend encore d’être érigé en sous-préfecture. Vivement!

Par DJANDUÉ Bi Drombé et LALÉKOU Kouakou Laurent

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