CARNET DE VOYAGE: ON N’A PAS PERDU LE NORD! (2ème Partie et Fin)

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La visite de travail terminée à Kafigué, nous rejoignons Korhogo centre pour un repas copieux dans le restaurant « Classic ». Il est 17 heures 27 minutes et la nuit menace. Eprouvés par le long voyage de la veille, les tâches et activités de la journée ainsi que le mauvais état de la route à certains endroits, nous roulons entre 40 et 80 kilomètres heures pour rejoindre Ferkessédougou à 48 kilomètres de Korhogo.

CARNET DE VOYAGE: ON N’A PAS PERDU LE NORD! (1ère Partie)

Dans l’agenda, il est prévu que nous y dormions. Ferkessédougou est une ville ferroviaire et frontalière du Burkina-Faso, juste avant Ouangolodougou, plus proche voisine du pays des hommes intègres, chez l’époux de ma responsable. L’année dernière, lors de notre passage, la cité était en plein chantier. Cette fois-ci, nous nous réjouissons de voir l’aboutissement des projets de développement. Notamment la construction d’un grand boulevard de deux voies doté de feux tricolores et traversant toute l’agglomération. Une mention spéciale est à décerner aux fils et filles de cette belle ville pour les efforts de modernisation accomplis. Cependant, des problèmes subsistent. Il faut redoubler d’ardeur en vue de résoudre l’épineux problème d’approvisionnement en eau potable. Elle est disponible dans les robinets mais les coupures intempestives obligent les ménages à conserver l’eau en permanence dans des récipients.

Notre hôte du jour, très heureux de cette visite nous offre de l’eau, des arachides, des cannettes de bière et deux bouteilles de spiritueux. Les civilités échangées autour de ces breuvages sont très animées et conviviales. En à peine plus d’une heure, les deux bouteilles de nectar alcoolisé sont évacuées, accompagnées de bière. La suite de la soirée se poursuit chez Flore, non loin de la Gendarmerie avec au menu des pintades braisées arrosées de vin. Le lendemain samedi 05 mai 2018 est consacré au repos et à des visites de courtoisie chez les supérieurs hiérarchiques de notre hôte. Le dimanche 06 mai 2018, nous quittons Ferkessédougou à 8 heures 43. Destination, Man.

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Sinématiali est fait à 09 heures 48 et Korhogo à 10 heures 23. Sur le chemin menant à Boundiali, nous sommes les spectateurs dépités d’un grave accident à 11 heures 25. La victime est un motocycliste sans casque, décédé et allongé sur le chaud goudron dans une mare de sang autour de sa tête. L’autre protagoniste doit avoir eu plus de chance. Mais son véhicule a fait une sortie de route, cabossé de part en part dans les bois et broussailles. Sur cette voie apparemment peu fréquentée, les motocyclistes ont tendance à rouler à vive allure et sans protection. Ceci explique sans soute cela.

Boundiali nous accueille à 13 heures 01. Nous traversons un marché bondé de chaque côté de la route. Marchands, transporteurs et clients présents sur les trottoirs de sorte que la circulation n’est pas aisée. C’est souvent le cas dans les villes de l’intérieur du pays. Le tronçon Boundiali-Odienné, long de 132 kilomètres, est un immense chantier imposant prudence, finesse et robustesse. Malgré les performances techniques de la Mazda BT 50, le parcours est laborieux. Notre consolation vient du paysage fait de montagnes, de la végétation luxuriante de part et d’autre. Un vrai régal pour les yeux.

vers boundiali

Premier voyage sur ce trajet, je suis surpris de voir autant d’élévations dans la zone. Par ailleurs, l’engagement des gouvernants actuels à construire cette route est à louer. C’est un projet titanesque. D’impressionnantes machines de l’entreprise « Soroubat » sont à pied d’œuvre pour ouvrir les accès, rompre, concasser les granites et obstacles, creuser des dalots ; réaliser des ouvrages de précision à l’aide d’appareils géométriques.

Nous revoyons également par ici ces drôles de barrages constitués de longs fils en plastique usés reliés pour occuper toute la largeur de la voie et tenus par des soldats en uniforme. Madinani et Tiémé s’offrent à nos yeux pendant quelques minutes. Puis Odienné à 15 heures 49. Après Odienné, de petites localités telles que Bako, Borotou 1, Borotou 2, où est installé l’usine « Sucrivoire », et Koro nous voient passer.

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À 16 heures 51, nous sommes à Touba. Nous apercevons de loin l’établissement « Unicafé ». Sur tout cet axe nous savourons encore la beauté du paysage et la présence continue de montagnes. Touba derrière nous, Fouenan, Foungbesso dont seraient originaires les célèbres chanteurs du groupe zouglou « Les Galliets », Douasso, Bakandesso et Biankouma, suscitent notre curiosité.

A partir de Bakandesso, il est loisible de constater une végétation plus dense, touffue. On ne voit plus à travers les arbres. Les montagnes, plus hautes que celles du nord, sont couvertes d’une remarquable flore. Nous sommes bien dans l’ouest montagneux. Biankouma offre un tableau majestueux. De là, on apprécie allègrement les montagnes surmontées d’un épais brouillard. Image rare et exceptionnelle qui me fait dire à moi-même que mon pays est le plus beau au monde. Il est 18 heures 20 lorsque nous rentrons à Man. Quelle randonnée !

Le lundi 07 mai 2018, une séance de travail réunit à la Préfecture de Man plusieurs services. Une visite a lieu ensuite dans le village communal de Kogouin. De là, la délégation se rend à Gouetimba, village situé à 37 kilomètres de Man après celui de l’ancien Ministre de l’Éducation Bleu Laîné, Kpangouin 1.

chez le geometre assistant

Pour saluer la mère du géomètre assistant. Ce cours voyage s’apparente à un véritable parcours du combattant. La route, non bitumée, est une pente à gravir. Elle est graveleuse, boueuse et dangereuse par endroits. Mais tout le monde a été heureux de faire le déplacement.  Découverte, retrouvailles, émotions, moments de simplicité et de pur bonheur. Il y a ici une montagne est à portée de vue et de main. Je n’ai malheureusement pas pu assouvir ce puissant désir de tâter une montagne. Les circonstances ne l’ont pas permis. C’était un bref détour et la nuit menaçante nous oblige à vite quitter les lieux.

L’objectif atteint, la mission reprend la route le lendemain mardi 08 mai 2018 à 10 heures 37, en direction d’Abidjan. Man, Logoualé, Bangolo, Fengolo, Duékoué, Guézon, Guessabo, Daloa, Issia, Gagnoa, Lakota, Divo, Tiassalé et N’Douci. Puis l’autoroute du nord, dernière ligne droite, nous ramène dans la capitale économique. Une violente pluie nous contraint à une longue et pénible attente au corridor. Il est 20 heures. Après plus de 50 minutes, nous réussissons à progresser pour accéder à nos domiciles respectifs. Exténués

En 2005 le professeur Séry Bailly publie un essai au titre évocateur : Ne pas perdre le nord. La Côte d’Ivoire était alors divisée en deux après le coup d’État manqué de septembre 2002 qui se mua en rébellion armée, et la partie nord du pays n’était plus sous le contrôle du gouvernement et de l’État. D’où le plaidoyer du professeur. Plus de dix ans après, il peut être rassuré et, avec lui, tous les Ivoiriens : on n’a pas perdu le nord.

Par Gildas KONAN

 

 

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