CARNET DE VOYAGE: ON N’A PAS PERDU LE NORD! (1ère Partie)

0 142

Obtenez des mises à jour en temps réel directement sur votre appareil, abonnez-vous dès maintenant à Attoungblan.net.

À la faveur d’une mission de travail du 03 au 08 mai 2018, une chance inouïe s’est offerte à moi d’effectuer un périple au cœur de la Côte d’Ivoire profonde. Difficile de ne pas le refaire avec vous sur Attoungblan.net ! Partie du célèbre corridor de Gesco à bord d’une rutilante 4 X 4 de marque Mazda BT 50 à 10 heures 39 minutes, notre délégation arrive à Yamoussoukro à 12 heures 54. Gesco c’est à Yopougon, en sortant d’Abidjan par l’Autoroute du nord. Le sigle signifie « Groupement d’Entreprises Suisses de Construction », un pool de sociétés qui a assuré, à l’origine, la construction de cette autoroute. Notre délégation est constituée de quatre personnes : un géomètre et son assistant, ma responsable et moi.

Nous marquons une halte dans la capitale politique de la Côte d’Ivoire pour faire des transactions, notamment des dépôts chez les opérateurs de téléphonie mobile, avant de reprendre la route à 13 heures 19. 14 heures 56, Bouaké nous ouvre ses portes. Le ventre exigeant contraint la mission à marquer un autre arrêt. Juste le temps d’acheter de la viande de bœuf et de mouton cuite sur grillage métallique et communément appelée « choukouya ». Trois baguettes de pain en plus pour renforcer le menu. La route est longue. Pendant la traversée de la deuxième plus grande ville du pays, on est forcément impressionné par le ballet tonitruant des motos-taxis avec deux, trois ou même quatre passagers, parfois des femmes portant leur enfants au dos.

bouaké

Il est 16 heures 02 minutes quand nous entrons dans Katiola. Heureux de revoir sur le trajet le célèbre Complexe hôtelier le « Hambol », toujours fonctionnel. Il date de l’ère Félix Houphouët-Boigny. Un joyau architectural qui remet au goût du jour nos maisons traditionnelles et rappelle au visiteur le sens du beau, du raffinement ainsi que la farouche volonté de notre premier président d’aménager et de moderniser le territoire ivoirien. Le « Hambol » a certainement été rénové tandis que d’autres constructions emblématiques de cette belle époque, telles l’Hôtel « Sietho » de Dimbokro ont été livrées aux termites et aux lézards. Au nom sans doute de la protection de la nature et de l’écologie. Il faut toujours voir le bon côté des choses !

À 17 heures 23, nous sommes à Niakaramandougou, et à Kanawolo à 17 heures 48. Là, à la vue des étals de belles mangues en bordure de route, ma directrice ne peut se retenir. Elle ordonne une escale et en achète des cartons qu’elle distribue à tous. C’est à 19 heures 17 que nous arrivons à Korhogo. Accueillie par le dynamique Éducateur spécialisé DAGO, la délégation parvient à trouver un hôtel aux tarifs de 10.000 à 15.000 F CFA. Lors de nos recherches, nous avons découvert des palaces de haut standing pratiquant des prix équivalents à ceux de la capitale économique abidjanaise ou de la banlieue bassamoise. Qui va se négliger en cette faste période d’émergence partagée ?

Le lendemain 04 mai, la journée commence très tôt. La mission rencontre des Représentants de la Mairie de la cité du Poro, puis arrive en leur compagnie à Kafigué, village communal devant abriter le projet pour lequel nous effectuons le déplacement. C’est aussi une journée de retrouvailles, puisque le Chef géomètre a rencontré son ami de formation. De plus, le premier étant Yacouba et le second Sénoufo, le choc des alliés interethnique nous promettait déjà un séjour et des moments agréables.

chantier

Après les civilités et échanges avec la communauté villageoise, il revient au géomètre assistant, Yacouba lui aussi, de poser les bornes pour délimiter la superficie mise à disposition, à l’aide d’un appareil de géolocalisation GPS, d’une station totale et d’un réflecteur. Seul, il ne peut travailler ; alors son responsable sollicite, séance tenante, au nom des liens sacrés qui unissent les Yacouba et les Senoufo, le concours des jeunes pour apporter de l’eau, du sable et du gravier en vue de confectionner les bornes. Même sans avoir été prévenus auparavant, ils s’exécutent et s’impliquent réellement. Ils courent chercher les machettes qu’ils n’ont pas eu le temps d’aiguiser, coupent les mauvaises herbes et les branches gênant le géomètre dans sa tâche. Ils abandonnent leurs activités et se mettent entièrement à sa disposition.

En pleine brousse, nous nous délectons du paysage paradisiaque exhibant ses plus beaux atours. Une plaine verdoyante à perte de vue, parsemée çà et là de quelques grands arbres et d’élévations montagneuses, entourée de bas-fonds. Il se dit ici, non sans enthousiasme, que « la forêt en Côte d’Ivoire va bientôt se déplacer du sud vers le nord tout comme les migrations ». Verra qui vivra !

Anacarde_Interprofession_ICCI-740x493

À côté, une plantation d’anacardiers laisse traîner au sol ses noix de cajou. Ces fruits sont constitués d’une coque âcre et toxique détachable que nous ôtons pour en déguster le pédoncule jaunâtre gonflé, charnu et juteux. Il y en a aussi de couleur orangée ou rougeâtre et de tailles variables. Arbre originaire du nord-est brésilien, la Côte d’Ivoire en le premier producteur depuis 2015 devant un grand pays comme l’Inde. C’est dire quel exploit notre pays a réalisé dans ce domaine. Et le mérite revient avant tout aux braves populations du nord.

index

Sur ces terres nous redécouvrons avec bonheur le néré, expression bambara désignant une espèce d’arbre dont le nom scientifique est « parkia biglobosa ». Il appartient à la famille des mimosacées produisant des fruits sous forme de longues gousses suspendues en grappes et contenant de nombreuses graines noires enrobées d’une belle pulpe jaune, d’où son appellation populaire de « jaune jaune ». Ces graines bouillies, fermentées, broyées ou pilées permettent d’obtenir de petites boules de pâte ou une poudre (dans ce cas elles sont séchées puis grillées) au parfum très fort : c’est le « soumbala » en bambara ou « soumbara » en malinké.

C’est le lieu de féliciter les braves populations senoufo pour leur hospitalité légendaire et leur dévouement au travail. Ayant spontanément répondu à l’appel de leurs frères yacouba, le chef géomètre a su être généreux en retour en leur offrant de la nourriture, de l’eau et une somme d’argent qui sera complétée par ma responsable.

Suite: CARNET DE VOYAGE: ON N’A PAS PERDU LE NORD! (2ème Partie et Fin)

Par Gildas KONAN

Commentaires
Loading...
%d blogueurs aiment cette page :