CARNET DE VOYAGE: VOUS VOUS DEMANDEREZ OÙ J’ÉTAIS EXACTEMENT.

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Le ciel est plus bas et plus lourd que sous la plume de Charles Baudelaire. Mercredi 6 juin 2018. Je sors de mon quartier dès 6h du matin. Des amis doivent me prendre à Abobo-Samaké. Destination ? Quelque part dans les environs d’Abidjan sur l’autoroute du nord. À 6h12 un wôrô-wôrô de Belle-ville me dépose devant le supermarché Citydia de Samaké.

Ah, Belle-ville ! Quartier résidentiel situé entre Abobo-Baoulé et Biabou sur l’axe Abobo-Alépé. En cette saison bénie des pluies, le contraste est glaçant entre les belles bâtisses modernes et les rues boueuses et rugueuses, imbibées d’eau jusqu’à la gorge. Est-ce aussi cela le charme de Belle-ville ? Des esprits ingénieux ont pris le soin de posé des morceaux de briques dans les mares coupeuses de routes, improvisant ainsi partout des ponts en pointillés pour aider les habitants à regagner la voie principale dont il ne reste plus que la chaussée. Les deux trottoirs s’étant miraculeusement volatilisés. Mais il faut avoir l’agilité de Mamoudou Gassama pour ne pas chavirer pendant la traversée. Un vrai bôrô d’enjaillément qui ne dit pas son nom. J’ai passé l’épreuve ce matin avec brio.

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À 6h26 un SMS m’annonce que mes amis arrivent. Super ! L’attente aura été de courte durée. Les voilà à mon niveau à 6h32. Nous sommes quatre à bord de la petite fourgonnette, qui continue sa route vers la Mairie d’Abobo, là où se trouve ce grand rond-point dont la seule évocation suffit à couper le cœur de certaines personnes à Abidjan. Mais en réalité, c’est toute la commune d’Abobo qui n’a pas bonne presse dans l’opinion. Le phénomène affligeant des microbes est bel et bien parti d’ici ; c’était aussi la base visible du fameux commando invisible qui défraya la chronique au plus fort de la crise post électorale de 2010-2011.

À 6h45 nous venions de dépasser l’Université Nangui Abrogoua, autrefois appelée Université d’Abobo-Adjamé pour le côté officiel, Abobo Abattoir pour ceux qui y broient du noir, tant on leur en fait voir des vertes et des pas mûres. Celui qui nous conduit au volant de son véhicule se trouve justement être un ancien de cette université, en Sciences de la Nature et de l’Environnement à une certaine époque. Point n’est besoin de vous dire à quel point son témoignage nous a édifiés.

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L’Université Nangui Abrogoua est la frontière entre Abobo et Adjamé. Nous sommes donc à Adjamé depuis quelques minutes. Dans notre direction, le trafic est déjà dense. Nous avançons au compte-gouttes. À 7h01, « Garage en haut », puis nous tournons à droite pour prendre l’autoroute du nord, longeant toujours la forêt du Banco qui continue de s’étendre. Cette fois-ci nous sommes sur le bon côté ; l’embouteillage a changé de camp. La circulation est fluide : 80 km/h. Et une vigilance redoublée. Les gens sortent comme de nulle part pour traverser à vive allure ; la moindre inattention et bonjour les dégâts. 7h10, Yopougon-Gesco est là. Deux minutes après, un panneau à l’intersection des deux chaussées nous informe que nous sommes à 206 km de Yamoussoukro. Heureusement que nous n’irons pas jusque là-bas. L’autoroute est assombrie par le temps maussade et le vert foncé de la végétation de part et d’autre. À 7h16 la nouvelle zone industrielle surgit devant nous. On a délocalisé une partie de la pollution pour servir d’autres populations. Une rose, on s’en partage aussi forcément les épines. Normal.

À 7h18 nous laissons l’autoroute pour tourner à droite, au niveau d’Allokoi Palmafrique. C’est ce que dit une pancarte, blanc sur noir. Ou noir sur blanc, je ne sais plus trop. Depuis quelques minutes, nous roulons sur une piste. Terre rouge. Dans un champ d’hévéa qui s’étend à perte de vue, à perte de souffle. Nous sommes à destination à 7h36, quelque part au milieu de nulle part. Objectif, visiter un site qui ressemble à une calvitie dans une tignasse végétale, pour un peu de produits vivriers dans l’empire du caoutchouc. Nous sommes en pleine nature. L’air est frais et gratuit. L’hévéa a été récemment saigné et beaucoup d’arbres balafrés portent encore au flanc, dans des tasses noires, une partie de leur précieux sang blanc coagulé.

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8h00 sonne la fin de la visite ; il faut partir. À 8h17 le moteur de la petite Peugeot se remet en marche pour nous ramener à Abidjan. L’autoroute à nouveau à 8h25. Nous sommes lancés. Il pleut maintenant un peu. C’était prévisible, vu le visage que le temps arborait depuis ce matin. Soudain, à l’entrée de Gesco à 8h30, sur le trottoir opposé, des pompiers, des véhicules stationnés et des personnes étendues à même le bitume : un accident. Il y en aurait une centaine chaque jour à Abidjan. Celui-ci est certainement l’un des tout premiers pour cette journée du mercredi 6 juin 2018. Liste noire, liste triste. À 8h45, je peux apercevoir depuis la chaussée le Sanctuaire marial monter en colimaçon vers le ciel, comme une prière adressée au Père, trop bien formulée pour ne pas être exaucée. Amen !

Par DJANDUÉ Bi Drombé

 

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