CARNET DE VOYAGE: UN WEEK-END AU «FRAIS»

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Vendredi 18 mai 2018 à 13h35, nous sommes au Kilomètre 17, en partance pour Fresco. Il se raconte là-bas que ce serait le résultat d’une double apocope, celle de la « Fraîche côte » naguère située entre la lagune et l’océan et recevant donc l’haleine fraîche des eaux de toutes parts. On serait ainsi théoriquement parti de « Fraichco » à « Fresco » pour la commodité de la langue dans la bouche.  À moins, et c’est l’hypothèse la plus plausible à mon avis, que le toponyme Fresco ne soit d’origine portugaise (peut-être Rio fresco) comme Sassandra (Rio San Andrea) et San Pedro (Rio San Pedro) découverts en 1471 par des explorateurs portugais. Surtout que « Fresco » signifie « Frais » en portugais. Bref. Songon, Dabou et Grand-Lahou nous verront passer. Ça promet. D’autant que nous sommes invités et attendus par des amis professeurs d’espagnol à la faveur de leurs festivités de fin d’année. Une détente bien méritée après de longs mois de travail ardu. En prenant en compte le conducteur, nous sommes six personnes à bord du véhicule.

Songon arrive très vite, à 13h39. C’est l’une de ces villes d’à côté déjà presque phagocytées par le grand Abidjan. Un grand panneau publicitaire comme on en rencontre partout en Côte d’Ivoire depuis des années nous informe que Dabou se trouve à seulement 20 km. Rassurant. Des contraintes professionnelles ne nous ont pas permis de partir plus tôt. Mais autour de 13h50 nous sommes stoppés net. Des travaux et un incident sur le chantier. Nous y resterons suffisamment de temps pour nous énerver un peu. Sans perdre la bonne humeur. Ici on dit toujours que tout ce que Dieu fait est un bon. 14h40 nous voit traverser le petit pont qui débouche sur Dabou. Un clin d’œil rapide au CAFOP de la ville. Puis souvenirs.

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À 14h56 nous prenons le tournant à gauche qui conduit à Fresco. Dabou est bientôt fini. Le bitume est impeccable sur ce tronçon. On verra bien jusqu’où. Cette voie appelée « la côtière » est le cauchemar des automobilistes et des voyageurs. Il eut une époque où les coupeurs de route y régnaient en maîtres, dépouillant les passagers de leurs biens pour leur rendre le voyage plus léger. On est en pleine saison des pluies. Le paysage est d’un vert foncé de part et d’autre de la chaussée. Soudain une très forte odeur d’hévéa. Pas très agréable même quand on avait fini par s’y habituer un peu. Ayant été professeur d’espagnol à Sassandra de 2007 à 2014, cette voie m’est assez familière, en effet. Nous sommes à 66 km de Grand-Lahou. Le bras de fer entre plantations d’hévéa et de palmiers à huile est encore plus tendu ici qu’à Aboisso.

Toupah, 15h11, nous met à 54 km de Grand-Lahou, la ville où Arsène Usher Assouan naissait le 24 octobre 1930 (il est mort le 13 octobre 2007), pour devenir plus tard une grande personnalité en Côte d’Ivoire et sur le continent africain sous l’ère Félix Houphouët-Boigny, licencié en droit et avocat de profession. 15h26, Cosrouly nous met à 35 km, puis cinq minutes après, Irobo, un gros village moderne, à 27 km. De là jusqu’à 15h38, à 120 km/h, palmiers sur palmiers. À perte de vue. À gauche comme à droite. C’est l’œuvre de la PALMCI (Palm Côte d’Ivoire), actrice majeure du secteur de l’huile de palme en Côte d’Ivoire et appartenant depuis 1997 au groupe ivoirien SIFCA, leader ouest-africain de l’industrie agricole intervenant dans l’hévéa, la canne à sucre et le palmier à huile. Quelques produits vivriers tels que le manioc, la banane ou le maïs, mendient quasiment la terre. Jusqu’à Djidjikro, à 18 km de Grand-Lahou. L’hévéa prend la relève, saupoudré par endroits par du cacao ; puis encore des palmiers de part et d’autre.

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15h45, Nandibo 1, à 11 km de Grand-Lahou. Nous avons commencé depuis un moment déjà à sentir le calvaire de la côtière. À15h50 nous enjambons le fleuve Bandama. Voici le corridor de Grand-Lahou trois minutes après. Une brève escale à la gare de la ville. De l’eau, du pain et un peu d’attiéké. On en fait de très bonne qualité dans cette partie de la Côte d’Ivoire. Propre et sans fibres. Nous reprenons la route à 16h06. Cap sur Fresco, à 75 km de là, sur une route compliquée dont on nous dira plus tard que c’est un paradis dans son état actuel. Ah bon ? Palmiers et hévéa sont toujours du voyage. Taboué nous rapproche de 3 km de notre destination finale. Bienvenue à Yocoboué à 16h18. À 16h22, un vieux panneau à droite indique sans enthousiasme la route non bitumée qui, sur 36 km, conduit à Guitry.

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Nous roulons entre 10 et 40 km/h sur cet enfer devenu paradisiaque. 16h30 : Doguidoukou est un village drapé dans l’hévéa, comme une ceinture en caoutchouc qui l’étreint de plus en plus. De 16h45 à 16h49 : Adahidougou est un village long sur les deux côtés de la chaussée. Soudain une tranche de bitume, comme sortie de nulle part, nous n’en voyions pas d’aussi lisse depuis un certain temps. Mais les bonnes sauces ne durent pas dans la marmite. 17h10, Lauzoua. Fresco nous attend à 32 km. À 17h30, surpris par un somme, on m’informe que Dokpodou nous a mis à 19 km. Puis Kôkô, 17h41, à 11 km. Nous sommes à Zégban à 17h57, c’est déjà presque Fresco. Cinq minutes ont suffi pour atteindre le corridor. Sassandra reste loin devant, à 72 km. La bretelle à gauche qui mène dans la ville nous fait rapidement oublier les secousses d’il y a peu. Quelle fluidité !

18h05, mes premières impressions sont bonnes. Meilleures que celles que j’eus il y a onze ans quand j’arrivai à Sassandra pour la première fois. À 18h20 nous retrouvons l’Hôtel La Falaise après quelques hésitations. L’étranger a de gros yeux mais ne voit pas clair. Fresco, c’est la toute première fois pour nous tous. La ville tient dans une main. Mario nous montre les chambres que nous avions réservées depuis deux semaines.

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Très vite, le collègue Djé Bi est là, professeur d’espagnol dans cette ville. Un tour au Lycée moderne, où il enseigne et où se déroulera tout le programme, pour les civilités au censeur. Nous y sommes à 18h34. Le Lycée Moderne de Fresco est parsemé d’arbres. De l’ombre à gogo comme j’adore. Mais aussi des herbes partout, sans doute du fait de la saison des pluies.

Fresco ou Koyiri en langue locale est une ville située au sud-ouest de la Côte d’Ivoire. Elle fait frontière à l’ouest avec Sassandra (chef-lieu de région), à l’est avec Grand-Lahou et au nord avec Divo. Arrosée au sud par le Golfe de Guinée. Nous sommes dans la région du Gbôklè, possible déformation de Gôglwè, du nom de la lagune qui baigne aussi la ville. Les populations autochtones sont constituées par deux des dix-sept « tribus » godié ou kôgnouan. Le terme « godié » dériverait de l’expression « gwè-dgi », littéralement « chimpanzé-panthère », surnom que leurs voisins Néyo de Sassandra leur auraient donné, par allusion à leur tempérament frondeur, querelleur. Historiquement, les Godié sont le résultat de la rencontre de deux aires culturelles différentes: l’une akan, à organisation sociale de type matrilinéaire, l’autre krou, à organisation de type patrilinéaire. Les groupements d’origine akan, malgré leur prédominance numérique, semblent cependant avoir accepté d’emblée la coutume d’abord des rares autochtones qu’ils trouvèrent sur place, puis des immigrants krou.

Nous sommes ici dans la ville natale d’Alain Lobognon, compagnon de Guillaume Soro dans l’aventure 2002, ancien ministre et actuel député-maire de Fresco. C’est aussi chez Philippe Légré, ancien ministre des sports, et Henri César Sama Damalan, ancien membre du Comité National de Salut Public (CNSP) et ministre de la communication du Général Guéi Robert après le coup d’État de 1999. Damana Pickass, le président de la jeunesse FPI sous Laurent Gbagbo est aussi originaire de cette « Fraîche côte », tout comme le professeur Lézou Dago Gérard, doyen honoraire de l’Ufr LLC de l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan et actuel responsable de la chaire Unesco.

Autant de personnalités offertes à la Côte d’Ivoire par une ville qui tient dans la main, et qui ont contribué et contribuent encore à écrire son histoire, ce qui inclut aussi bien des ratures que de belles envolées lyriques. Comprenne qui pourra !

Celui qui nous reçoit, en l’absence de Madame la Proviseure, empêchée, est l’un des censeurs de l’établissement, M. N’gouan Pierre. De lui nous aurons des informations intéressantes sur la ville et le lycée. En attendant de toucher certaines des réalités évoquées de nos propres yeux. Fresco se trouvait entre la lagune et la mer. C’est autour de 1965 que les populations ont été délocalisées sur l’actuel site. Quant au lycée, il date de 1978, soit 40 ans d’existence et de loyaux services à la région et à la Côte d’Ivoire. On est passé de 400 élèves cette année à plus de 3000 aujourd’hui. Puis retour à l’hôtel pour se débarbouiller. À 20h moins, dîner en plein air à côté du Maquis La Falaise. On dit aussi Maquis Yopougon, sans doute pour la forte musique et le bruit. Au menu, du poisson braisé accompagné d’attiéké et deux grosses bières pour en faciliter la digestion. Jusqu’à 21h08.

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La nuit a été tranquille. Au moins pour moi qui, en plus d’être avec mon épouse, occupais une chambre où les moustiques ne piquaient apparemment pas. Il s’agit de la chambre no17, baptisée Zégban, du nom du dernier village qu’on trouve avant Fresco en venant d’Abidjan. D’ailleurs, en attendant 09h ce samedi matin et la délégation de Sassandra pour le petit déjeuner, nous nous offrons un petit tour à Zégban. Envie d’oranges. Nous aurons des mandarines en plus, de quoi faire le plein de vitamine C avant de retourner à Abidjan où ces produits voient leur prix multiplier par deux ou trois.

09h30, retour à Fresco. Une chaussure en panne oblige l’un des nôtres à chercher un cordonnier pour retrouver son équilibre, l’occasion d’une balade dans le marché. Ce n’est pas le grand tumulte des jours de marché, mais c’est bien à l’image des marchés des villes du pays. Tant par l’occupation scénique, la chorégraphie que les articles proposés à la vente.

10h25, une visite jusqu’au bout de la voie principale, la seule bitumée qui, depuis le corridor, fend la ville en deux. À gauche, la préfecture et la sous-préfecture combinées. En revenant, l’église catholique se trouve à droite ; à gauche la mairie, la trésorerie principale, l’inspection de l’enseignement primaire, l’hôpital général. Entretemps, les collègues de Sassandra sont arrivés. Il faut interrompre la visite. Partie remise. Nous sommes dans la salle des professeurs du Lycée Moderne de Fresco. Monsieur Pierre N’gouan nous reçoit encore. Le programme est alléchant : petit déjeuner, causerie-débat, visite guidée de la ville, visite des établissements secondaires, quartier libre et, à 19h, le bal. On nous promet en plus, par la bouche de M. Djé Bi, une surprise. C’est une chèvre. À peine présentée et acceptée qu’elle est conduite à l’abattoir. Pour son malheur et pour notre bonheur. Ainsi va la vie.

Puis place au petit déjeuner. Copieux. De l’avocat et des omelettes accompagnés d’un pain entier pour chacun. Certains ont pensé que c’était trop, jusqu’à ce que le pain finisse sans même qu’ils ne s’en rendent compte. C’était en salle des professeurs. Au foyer pour la causerie-débat à 11h44, nous ne commencerons qu’à 12h07. Quelques soucis techniques avec les installations électriques. Mais tout est bien qui finit bien. Les débats ont porté sur « Les niveaux de référence et l’évaluation des apprenants d’espagnol dans l’enseignement secondaire de Côte d’Ivoire : contraintes et défis ». On a fini à 14h20. Il est prévu une présentation sur Attoungblan.net. Ce sera fait juste avant le déjeuner, mais avant, le site reçoit le tout premier prix de son histoire des mains de l’animatrice de l’UP espagnol de Sassandra, Madame Atché, reçu par le Dr Yapi Kouassi Michel en personne.

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Le déjeuner est servi sur place à partir de 15h. Au menu du kébé, une recette bien d’ici, à base de crabes poilus et de pâte de piment accompagnés d’attiéké ; du riz au poulet et de la sauce tomate à l’escargot.

À 23h40 nous sommes de retour à l’hôtel, rallié à pied, l’occasion d’arpenter des rues de la ville. Deux des nôtres, qui avaient besoin de plus de repos, nous avaient en effet précédés avec la voiture. La nuit a été animée en partie par les bruits de voix des membres de la délégation d’Ariel Sheney, qui logeaient visiblement pas très loin de nous. Nous avons prévu de sortir dès 07h ce dimanche matin 20 mai pour nous rendre sur l’ancien site de la ville, aujourd’hui en partie exclusivement occupé par les Fanti venus du Ghana. On l’appelle Fresco-plage, Fresco-village ou ancien Fresco. Chose prévue chose faite.

Nous voilà de retour au lycée un peu avant midi, après avoir fait rapidement le tour des principaux édifices religieux de Fresco. Un déjeuner est prévu. En salle des professeurs plutôt qu’au foyer pour bénéficier de la climatisation. Le censeur nous tient compagnie. C’est de l’attiéké à la soupe de poulet. De la bière, du jus de bissap et de gingembre pour arroser le mets. On mange vite. Abidjan ce n’est pas la porte d’à côté. À 12h59 le censeur remet officiellement les diplômes de participation à la causerie-débat d’hier midi et nous nous lançons à 13h16 en direction d’Abidjan. Nous y arriverons à 17h08. Une page vient d’être tournée. Et l’aventure continue…

Par DJANDUÉ Bi Drombé

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