CARNET DE VOYAGE 74: DE DALOA À DALOA, PÉRIPLE EN TEMPS DE CORONAVIRUS (2ème Partie et Fin)

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Le lundi 23 mars, je reprends la route pour Daloa. Après Abidjan j’ai continué mon périple à Agbaille, dans le département de Dabou. C’est le village du mari de ma fille aînée. Il a perdu l’une de ses sœurs. Ma fille a pratiquement exigé que je sois présent pour les soutenir, elle et son mari. Ils ont la lourde charge de l’organisation pratique des funérailles. Le mercredi 18 mars, lorsque j’ai émis des doutes sur ma présence physique pendant les cérémonies funéraires, en évoquant le contexte de la menace de la propagation du coronavirus dans notre pays qui a déjà enregistré ses premiers infectés, elle était pratiquement en larmes au téléphone. » Papa, je souhaite ardemment que tu sois à mes côtés. Maman sera là, mais, ce n’est pas la même chose.  » Je n’ai pu assister à leur union un an et demi plus tôt, pour cause de maladie. J’ai donc pris le risque d’effectuer ce voyage en m’imposant dans la mesure du possible, le respect des mesures édictées par les autorités sanitaires et le gouvernement. Malheureusement, l’observation de ces décisions n’a pas encore connu une adhésion massive au sein de la population, par ignorance ou par négligence.

Mon neveu qui a tenu à m’accompagner et moi, arrivons à Agbaille aux environs de 18 heures, après une escale à Dabou où nous empruntons un taxi de marque Mercedes. Ils sont à 99% de cette marque dans cette localité. Ma fille ne cache pas sa joie de nous voir.
Les organisateurs des cérémonies funéraires ont pris un certain nombre de précautions dans le but de permettre à tous ceux qui viennent les soutenir, de suivre les mesures de prévention et de protection en vigueur. À tous les cinquante mètres il y a un seau d’eau, un gel hydro-alcoolique et un rouleau de serviettes jetables. À part les tables dressées pour le repas où on mange par groupes successifs pour éviter des rassemblements allant au-delà des normes exigées, les chaises sont éloignées les unes des autres d’environ cinquante centimètres. En outre, en application des décisions prises par l’épiscopat catholique, la veillée funèbre religieuse est annulée. C’est finalement une sono qui distille de la musique des chorales locales durant toute la nuit. Quelques-uns n’ont pas pu s’abstenir d’esquisser des pas de danse à la mémoire et en l’honneur de la défunte. Mais, ça n’a pas été la grande explosion populaire habituelle. Même s’ils n’ont pas pu totalement contenir les ardeurs de tout le monde, les organisateurs ont limité les déferlements et effervescences populaires qui ont lieu en général en ces occasions de funérailles.

CARNET DE VOYAGE 74: DE DALOA À DALOA, PÉRIPLE EN TEMPS DE CORONAVIRUS (1ère Partie)

Le lendemain matin la messe de requiem a réuni uniquement les proches de la défunte dans l’église catholique d’où ils sont partis directement pour le cimetière. Après le repas de midi, nous nous séparons de nos hôtes. Mon neveu exige que je fasse un détour chez lui, à Agboville pour connaître son dernier fils, qui est mon homonyme. Nous arrivons à Agboville à 21h33mns, tout épuisés par les différents embouteillages que nous avons subis dès la sortie de Dabou. Mais, j’honore le plat de riz au poulet et le bon bangui joyeusement gardé au frais qui l’accompagne. Le lendemain dimanche 22 mars, je subis un confinement des plus agréables qui soient. En effet, je suis allaité au bangui. La journée passe très rapidement sans que mes pieds ne franchissent le seuil de la porte d’entrée pour voir dehors. Nous échangeons sur des questions qui touchent la famille et la profession, étant donné que nous sommes tous les deux enseignants. Il est retourné à l’ENS. Il veut en profiter pour ajouter d’autres cordes à son arc d’études. Je l’y encourage.

Nous finissons par la question lancinante du moment. Sa femme est du corps médical. Elle nous parle du manque criant d’équipements pour le personnel médical qui doit s’occuper du suivi des infectés en cas de nécessité et de l’inexistence de médicaments pour faire face à la pandémie à Agboville où on note officiellement deux cas de mise en quarantaine, deux personnes rentrées de Paris. Pourtant ils doivent suivre leur confinement. Ce n’est pas le grand enthousiasme. Les dernières gouttes du bangui ont séché dans les gobelets. Il se fait déjà tard. J’en profite pour leur demander la route pour le lendemain.

Il y a une compagnie de transport qui fait la liaison Agboville-Bouaké; Original Transport. Elle me laissera à Yamoussoukro. C’est la seule compagnie de transport de personnes qui, depuis que j’ai débuté ce périple, prend les mesures de prévention et de protection au sérieux. Un seau d’eau, un paquet de papier hygiénique et deux boîtes de gel hydro-alcoolique accueillent les voyageurs. Un apprenti se charge de suivre le lavage des mains de tous les passagers à la montée, même les nouveau-nés. Il porte un masque tout comme le chauffeur. Deux ou trois passagers seulement en font autant. Nous démarrons à 8h23mns, pour un départ prévu à 8h. Le retard est imputé au lavage des mains. L’excuse est bonne. Il est 10h47mns, Nous arrivons à Yamoussoukro. Je descends du minibus pour courir directement vers la gare de Lelabelle, la nouvelle compagnie de transport de Daloa. Je vois un seau d’eau déposé négligemment à l’entrée de la gare, sans gel hydro-alcoolique ni papier hygiénique. D’ailleurs, personne ne s’y intéresse. À 12h36mns, nous prenons la route pour Daloa où nous arrivons à 15h.

J’aurai noté avec peine et affliction, tout au long de ce périple, que le coronavirus semble ne pas être pris au sérieux dans notre pays, depuis le bas jusqu’en haut, alors que les ravages qu’il fait dans les pays mieux lotis que nous en structures sanitaires, nous sont rapportés au quotidien. Couché pour récupérer de la fatigue de mon périple, j’entends la voix du Président de la République à la télé. Je me traîne au salon. Le ton est martial. Les mesures sont drastiques, parfois excessives. Mais, vu ce que j’ai observé pendant ce voyage, je lui donne raison en grande partie. Pourvu que cela soit respecté. Parce que nous sommes tous coupables de négligence qui peut nous être fatale à la longue, si le coronavirus étend sa toile sur notre pays, comme il le fait ailleurs où les morts se comptent par centaines par jour. Que Dieu nous sauve!

Par Irié BOLIBI, Le Prince de Laboll

CARNET DE VOYAGE 75: VOYAGE SOUS LE SIGNE DU CORONAVIRUS (1ère Partie)

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