CARNET DE VOYAGE: UNE SUCRERIE PEUT-ELLE RÉPARER UNE DUPERIE?

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Le vendredi 27 avril 2018, il est 08 heures 57 lorsque nous arrivons à la célèbre gare de la société de transport leader «Union des Transporteurs de Bouaké ou UTB» assurant la liaison entre les villes de Côte d’Ivoire et entre le pays et la sous-région. C’est à Adjamé en plein milieu d’Abidjan. Grand a été notre étonnement de constater que l’espace réservé à l’accueil des usagers n’est pas nettoyé. Les sachets d’eau en plastique et les kleenex traînent partout. Aucune poubelle à proximité n’est disponible.

Là, j’attends mon aîné avec lequel nous devons partir pour Yamoussoukro, aux obsèques de la mère de l’épouse de notre frère. Il se présente à 10 heures 17 minutes. À 11 heures, c’est l’heure du départ. En rang avec ticket échangé contre 4.000 F CFA à la main, les voyageurs au vu de l’état du car commencent à se plaindre. Dès l’allumage, les critiques s’amplifient. Installés à l’intérieur, une odeur suffocante de fauteuils poussiéreux mouillés et mal séchés pilonne. La poussière pique et pénètre les narines. Rhume garanti. Pour enfoncer le clou, la climatisation ne marche pas. Nonobstant tous ces dysfonctionnements, le conducteur et les convoyeurs insistent pour que les passagers ferment les fenêtres avec la promesse qu’une fois ces ouvertures closes, le fréon livrera toute sa capacité. Nous obtempérons pour apprécier. Des minutes après, nous observons que nous avons été dupés. Que faire ? Descendre et attendre un autre car ou prendre la route avec la peur au ventre ?

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C’est le lieu d’interpeller le chef de gare commis à la tâche ce jour ou sa hiérarchie. Une entreprise vit grâce à la clientèle. Alors, la satisfaction de celle-ci doit être l’objectif de tout entrepreneur. La notoriété de cette compagnie n’est plus à démontrer. Les insuffisances de ce genre laissent des souvenirs indélébiles et finissent par décevoir. Il est donc souhaitable que la direction prenne les dispositions idoines afin que de tels événements ne se produisent plus de manière à préserver son image de marque.

Résignés, malgré les prières marquées de craintes, il n’est plus question de se révolter. Il faut poursuivre. Sur le trajet, après la sortie de la gare, un passager fait une entrée bruyante répandant une senteur forte d’alcool et de tabac. Ma voisine et moi avons décidé d’ouvrir les fenêtres une fois sur l’autoroute. Mais le nouvel usager insiste pour les ouvrir déjà. Ma voisine, de peur d’être dépouillée de son sac à main, garde les vitres fermées. Sur l’autoroute, elle ouvre les vitres et nous respirons enfin correctement.

Du corridor jusqu’au premier péage, notre cher voisin monté en cours de route ronfle. Il est assis auprès de deux jeunes étudiants. Tous les trois sont sur les sièges prévus à cet effet et lui, il occupe celui du couloir. Saoul, il s’endort sur la pauvre jeune fille assise au milieu.

Imaginez les émanations de la boisson locale très prisée aux mille noms « koutoukou, ktk, kindjouss, gbêlê, brûle en moi, fort, fer, blalê, 4 heures du matin, kpance, boubla, magué, ali va vite, qui me pousse ?, jaune amer, tou kpin tchré, gbinzin, … » ; combinées avec une hygiène corporelle mal soignée et l’odeur du tabac, un vrai cocktail de puanteur sur la jeune fille. Devant ce triste tableau, il apparaît impérieux de le réveiller et lui demander de bien se tenir, à plusieurs reprises. Mais visiblement envahi et conquis par l’alcool et le tabac, ce souhait n’a jamais été réalisé. Pour finir, nous le prions de se lever avec fermeté de sorte à occuper une place sur deux sièges vides à côté. Malgré son désaccord, il s’exécute tout en grognant : « je suis client aussi hein, on est tous voyageurs ! » Et nous lui rétorquons : « bien sûr mais un passager ne dort pas sur son ami et à plus forte raison sur une adolescente. Le voyage se poursuit et nous atteignons le premier péage à 12 heures 37. Voilà notre ami qui se réveille en sursaut pour descendre. C’est à ce moment que nous constatons qu’il n’a même pas en fait payé son ticket et il indispose les gens.

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Après cet épisode, le voyage continue avec une inquiétude permanente jusqu’à Elibou. Localité située à 149 kilomètres d’Abidjan, lieu où nos craintes avérées se manifestent dans toute leur ampleur. Le moteur connaît une surchauffe inattendue et dégage une forte odeur de brûlé. Il n’y a plus d’eau dans le radiateur. Le conducteur prudent stationne le véhicule, à 13 heures 29. Il appelle sa hiérarchie, décrit les faits et demande un  autre car.

Les passagers dépités, en colère, s’exclament : « c’est ce qu’on disait là ! Comment peut-on mettre une voiture pourrie comme ça en circulation ? Ils n’ont aucun respect pour les clients ! C’est leur argent seulement qui les intéresse. »

L’événement s’étant produit en réalité à environ un kilomètre d’Elibou, le stationnement s’est opéré en bordure de l’autoroute, dans un endroit insalubre servant de toilettes à la sauvette. Une insupportable odeur d’urine, la proximité de hautes herbes et le manque d’abri incitent la majorité des passagers à rechercher des espaces plus favorables à une attente agréable. Où l’on peut se restaurer et se rafraîchir.

Pour ce faire, le pilote de l’engin remplit des bouteilles en plastique d’eau de puits qu’il transvase dans le réservoir prévu à cet effet, aidé de quelques passagers. Cette tâche terminée, il invite tout le monde à prendre place dans le camion avant de démarrer.

Les voyageurs s’installent excepté deux dames et un homme qui étalent toute leur mauvaise éducation. Assis sur un banc de fortune, ils s’estimaient en meilleure posture et ne désiraient point se lever. Suscitant ainsi le courroux de plusieurs personnes. « Pour qui se prennent-ils ceux-là ? Ils pensent qu’on n’a rien à faire ? Ils se montrent supérieurs or à les voir ils ressemblent à des gens de mauvaise vie. Regarde celle-là, avec son âge avancé pouvant atteindre ou dépasser la quarantaine, elle porte une chaîne au pied. »

Le conducteur, très diplomate, approche les concernés et leur fait entendre raison. Ils montent dans le car enfin et l’automobile fait un mouvement de mille mètres supplémentaires avant de s’arrêter de nouveau pour une si longue attente. Certains restent dans le véhicule et d’autres descendent en quête de nourriture et de rafraîchissement.

Toutefois, du premier lieu de stationnement au second, il n’y a pas grande différence en vérité. Cette fois-ci, on dénombre plus de monde et de petits commerçants à la criée mais les espaces d’accueil corrects manquent également. Mon aîné et moi, nous nous installons sous un hangar de fortune. Affamés, et les offres de se sustenter réduites, nous optons pour l’achat d’arachides. La jeune dame remet deux sachets remplis à cent francs CFA chacun.

Nous pensons avoir réalisé une bonne affaire mais ce n’est pas le cas. Les légumineuses emballées manquent de saveur et de fraîcheur. Nous nous plaignons et demandons à la vendeuse de changer ses produits. Elle renfrogne son visage, fait de la résistance mais finit par s’exécuter. D’où vient cette manière belliqueuse constante de vouloir duper, tromper ou escroquer son prochain ?

Consciente, tu donnes des aliments insipides à tes clients. Ils découvrent la supercherie, ils manifestent leur mécontentement et tu t’emportes contre eux, estimant qu’ils doivent accepter sans protester et même bénir ta duperie. C’est pareil pour la compagnie de transport présentée comme le fleuron dans ce secteur d’activité qui met en service un car défectueux dénoncé, dès le démarrage, par les passagers.

Cependant, malgré tous les dysfonctionnements constatés à l’allumage, les employés intiment l’ordre aux voyageurs de fermer les fenêtres et saluer leur haut fait d’escroquerie alors que la climatisation ne marche pas. Les consommateurs floués n’ont pas le droit d’exprimer leur insatisfaction dans ce pays. Même quand ils le font, qui vient les défendre ?

Discutant sur les droits et déboires des consommateurs dans notre belle patrie, un jeune garçon apparaît avec une bouteille de « bandji » ou vin de palme. Grande a été notre joie, en bon baoulé ! Mon cher aîné, dégustateur fin et chevronné devant l’éternel de nectar olympien, goûte et savoure. Il me passe le flambeau que j’apprécie allègrement. Quelques minutes plus tard, un chasseur passe et nous l’arrêtons. Il nous vend un petit écureuil et une vipère. Dès cet instant, l’attente devient moins pénible.

Finalement, c’est à 15 heures que le car remplaçant arrive. Il faut décharger les marchandises de celui qui est en panne puis les disposer dans le nouveau. Une perte encore d’une vingtaine de minutes. Assis attendant le départ, deux employés distribuent des sucreries au nom de leur entreprise qui s’excuse pour les désagréments causés par la panne du véhicule mis en ligne. Et un passager de s’interroger en ces termes : « est-ce que cette sucrerie peut réparer cette tromperie ? » Certains avaient envisagé de faire un aller-retour ; et les voilà pris au piège. Le redémarrage a lieu à 15 heures 33 et nous effectuons enfin notre pied à terre à Yamoussoukro à 17 heures 56 minutes, exténués.

                                                                                                                     Par Gildas KONAN

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