CARNET DE VOYAGE: EN PASSANT PAR N’ZÉCRÉZESSOU

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Chose promise, chose due ; l’autre façon de dire qu’une promesse est une dette. À la fin du Carnet de voyage 06, j’avais promis de partager quelques curiosités croustillantes de trois jours d’immersion dans le N’zi. C’était du jeudi 11 au samedi 13 janvier 2018. La vie, qui m’avait envoyé balader loin de cette promesse, me permet maintenant d’y revenir. Je retrouve mes notes ; les souvenirs sont encore vivaces. Heureusement!

Le terme «N’zi» est peut-être une déformation du baoulé N’sí, qui signifie «Mon père», ou N’sì, qui veut dire « Je connais ». Il est vrai que connaître son père c’est toujours mieux que ne pas le connaître, d’où peut-être la similitude morphologique entre les deux notions. Mais quel que soit le point de départ pour aboutir à «N’zi», cela suppose une intimité, une complicité très fortes entre ce cours d’eau et ses riverains. On sait ce que le peuple baoulé dans son ensemble doit à l’eau, depuis la reine Aba Pokou. Bref.

Si vous avez lu le Carnet de voyage 06, vous vous souvenez que le plus gros de la mission d’Attoungblan.net à cette époque avait eu lieu en zone rurale, sur les traces du Conseil régional du N’zi. Dimbokro, le chef-lieu de région, n’avait alors servi que de base arrière. Pendant donc ces trois jours d’immersion dans le N’zi, c’est le vendredi 12 et le samedi 13, surtout, que nous faisons une vraie plongée dans les profondeurs de la savane arborée de Côte d’Ivoire.

Les deux derniers villages du Département de Dimbokro, en allant vers Bocanda, s’appellent Booré Akpokro et Ettienkro, distants d’environ 800 mètres et fondés par deux frères. Des orpailleurs clandestins y sévissent au grand jour, ce qui met fin à la clandestinité de leurs actions dévastatrices sur la végétation. Difficile de résister à l’or quand la précarité est la chose est la mieux partagée, en attendant l’émergence promise à l’horizon 2020. Brou-Ahoussoukro, quant à lui, est le premier village du Département de Bocanda.

Partis de là, 11h50 nous trouve à Dida-Mouéssou. Ce n’est pas n’importe quel village! Tenez, on m’a dit que Soutilé, le village maudit dont les habitants auraient été transformés en pierre à cause de leur méchanceté, se trouverait dans les environs. Mais on ne peut voir ces hommes et ces femmes de pierre que lorsqu’on ne s’y attend pas. Ah, si toutes les personnes aux cœurs de pierre pouvaient encore être transformées en pierre, il y aurait des monuments à revendre et le tourisme s’en trouverait boosté partout.

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À 13h30 ce vendredi 12 janvier, que ne fut ma surprise de fouler le sol de N’zécrézessou, cette sous-préfecture dont le nom est devenu si familier aux Ivoiriens grâce à l’artiste comédien Gaston Jupon. Littéralement, «N’zécrézessou» signifie «sur (sou) les écrevisses (n’zécrézé)»; parce qu’il y avait dans la localité une marre riche en écrevisses. J’étais loin d’imaginer que cette localité au toponyme très rythmé se trouvait dans le Département de Bocanda. Mais quoi de plus normal, on en ignore toujours plus qu’on en sait. Sur plein de choses.

Au-delà de l’émotion et de la joie de pouvoir enfin mettre un visage et un paysage sur ce nom, je garde de N’zécrézessou un souvenir amer, à double titre. Je vous explique. La délégation d’Attoungblan.net avait été scindée en deux équipes, et le sort a voulu que je fasse partie de l’équipe qui allait passer par ce chef-lieu de commune. Nous y arrivons sous une pluie de soleil, si fatigués et si affamés qu’il fallait marquer une pause. Le conducteur, un habitué des lieux, nous emmène au restaurant Chez Mami Kohoua. Au menu, du hérisson cuit à la sauce aubergine. Nous sommes bien au centre de la Côte d’Ivoire, en pays baoulé.

Le dépeceur avait commis une erreur technique lors de la manipulation de la bile, qui a dû imprégner des parties du gibier. Un hérisson n’est pas une écrevisse! Et le sort a voulu que, des six morceaux de viande qu’on nous a servis pour les six plats commandés, je tombe sur l’un des morceaux ayant le plus été imprégné par la bile. Je dus faire contre mauvaise fortune bon cœur. Première amertume. Je remets 5000 f CFA à la restauratrice pour la facture de 3000 f CFA à payer, mais je ne me souviens de la monnaie que lorsque nous avons quitté N’zécrézessou. Deuxième amertume; celle-ci m’a coûté 2000 f CFA.

À 14h28, notre véhicule 4×4 traverse le village de Yapi-Kouamékro. Tiens, n’est-ce pas le village natal de mon beau-père? J’appelle mon épouse qui me le confirme. Nous sortons par le cimetière où monsieur Nyamien Kouassi Antoine repose en paix depuis 2011. J’eus un pincement au cœur, j’étais loin du pays quand il a dit adieu aux siens, dont je fais partie désormais d’une certaine façon.

Pour la suite de la mission le samedi 13 janvier, le 4×4 nous fait défaut. C’est donc avec la voiture de service du directeur technique du Conseil régional, M. Youzan Bi Dri, que nous irons jusqu’à Kouassi-Kouassikro, lui-même au volant. Quel régal de découverte, depuis Bendékro dans la sous-préfecture de Bangokro (11h43) jusqu’à Nofou à 18h50. C’est encore la saison sèche; les routes sont très praticables. La poussière rouge dont elles vous couvrent en contrepartie est un sacrifice bien plus supportable que s’il en avait été autrement.

Dans ces pages de la savane feuilletée toute la journée du samedi, je revois le petit village d’Amenankro. Une bretelle à gauche juste après M’béri nous y conduit à 13h20. Une fois n’est pas coutume, il s’agit d’un village fondé par une femme, comme bien d’autres qui, eux, ne portent pas leurs noms. Parce qu’un village ça commence par un campement, et un campement par un foyer, et un foyer, seule une femme est capable d’y maintenir allumée la flamme de la vie et de l’amour.

C’est à 14h18 que nous atteignons Souamékro, en partance pour le Département de Kouassi-Kouassikro où 16h10 nous attendait patiemment. Mais déjà à Amenankro, un jeune homme nous avait vendu cette mèche que je vous vends à mon tour. Abo Amenan et Abo Souamé étaient frère et sœur; l’une fonda Amenankro et l’autre Souamékro. Le leadership des femmes baoulé ne date pas d’aujourd’hui. Pour le reste, sur cette immersion dans le N’zi, que puis-je vous dire que vous ne sachiez désormais déjà?

Par DJANDUÉ Bi Drombé

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