CARNET DE VOYAGE: BONOUA, UN DIMANCHE

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Dimanche 22 avril 2018. Mon épouse et moi sommes sortis tôt, avant 06h. Le motif de cette sortie matinale, une visite de la Famille Missionnaire Verbum Dei à Arsène Mida dont le père repose en paix depuis le 15 mars passé. Nous sommes membres de cette communauté missionnaire catholique de droit pontifical depuis les années 2000 ; c’est d’ailleurs là-bas que nous nous sommes connus, Rachel et moi.

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Nous avions rendez-vous avec Yao Olivier à Adjamé à 07h. À moins de ne pas avoir le choix, j’aime toujours voyager tôt. Les chauffeurs et leurs apprentis semblent encore plus lucides à ce moment. Nous arrivons avant Olivier qui croyait qu’on avait convenu de partir d’Abobo à 07h. Que non, cher frère, on doit plutôt être à la gare d’Adjamé à 07h avant que le rêve ne vire au cauchemar en ce lieu toujours bondé de monde, et très immonde en temps de pluies. Heureusement d’ailleurs que la saison pluvieuse se fait désirer cette année.

Le temps d’un petit déjeuner à main levée dans un petit kiosque perdu au milieu des véhicules et des klaxons, nous démarrons à 07h25 précises. Le véhicule de quinze places de marque Toyota-Hiace attendait trois personnes pour faire son plein ; et nous étions trois. À peine sommes-nous installés que le conducteur met le moteur en marche. J’adore quand c’est comme ça !

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Mais le voyage ne sera pas de tout repos pour mon cœur et celui de bien d’autres passagers. Le conducteur n’était pas très mature ; on le voyait à la façon dont il portait sa casquette, inclinée sur un côté sans doute un peu comme son cerveau. Il avait donc tendance à préférer la vitesse à la sagesse. Peut-être pour cela aussi, il a préféré l’ancienne voie à la nouvelle autoroute construite à coût/coups de milliards pour nous conduire à l’émergence.

Les deux premières personnes à descendre le font au carrefour d’Anani, un village situé dans le prolongement de Gonzagueville. 07h55. À partir de là, pour notre soulagement, le conducteur était souvent obligé de lever le pied sur l’accélérateur parce que le trafic était déjà animé à cette heure, mais il ne manquait aucune occasion de faire un dépassement pour remettre ça. Ah, le maledeto !

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08h05, voici Bassam. Un autre passager descend un peu avant l’Université Internationale de Grand-Bassam. Sur notre route, sur le même côté droit, NSAHOTEL se montre fièrement aux passants. Juste après, la dame devant moi descend à son tour avec sa fille ; puis une jeune fille quelques minutes après. Au niveau de l’usine SMD qui fait dans le traitement du bois, les deux passagers de devant quittent à leur tour le véhicule « fou ».

Escale à Moossou juste avant le pont qui surplombe la Lagune Ébrié. Une femme monte et prend place à côté du conducteur. À sa suite, trois autres personnes nous rejoignent : deux hommes et une demoiselle accompagnée d’un garçonnet.

Lorsque nous traversons le pont de Moossou, nous sommes à quatorze kilomètres de Bonoua. La chaussée étant dégagée dans notre direction, le jeune conducteur retrouve son accélérateur, lui qui, depuis Adjamé, a tendance à conduire plus avec les pieds qu’avec la tête.

08h27: Yaou. Une autre jeune fille descend. Bonoua n’est plus qu’à quelques minutes. Cet axe m’est assez familier, moi qui ai enseigné au Collège Privé Christ-Roi pendant l’année scolaire 2004-2005. Je le revois au passage, toujours au même endroit. Mais plus de dix ans après, Yaou et Bonoua semblent ne plus former qu’une seule et même ville. La végétation qui servait de ligne de démarcation a fait les frais de l’urbanisation. Il est 08h32 lorsque l’apprenti crie « Terminus ! » Tout le monde descend. Ouf !

Bonoua c’est chez ma collègue le Dr Assemien Viviane et son époux M. Adiko. À peine descendu que je l’appelle pour savoir si elle est sur place comme c’est souvent le cas les dimanches pour voir sa mère. Mais ni Viviane ni maman ne sont à Bonoua ce dimanche. Partie remise, on active le plan B : un petit tour à pieds dans la ville en attendant 10h, l’heure du rendez-vous pour les membres de notre délégation, au Carrefour-mosquée.

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Nous laissons donc le Carrefour-mosquée plus en avant et prenons une bretelle qui donne sur la Rue Paris Village, du nom de l’un des nombreux maquis qui en font une réplique de la Rue princesse de Yopougon à Abidjan. La liste est longue : Maquis Chez Caro, Camps Élysée, Chez Christine, Chez Majo, Chez Simone, Maquis Le Rosier, Maquis Chez Louise, Maquis Le Boucan, Paris Village, Maquis Madisson Plus Chez Manadja, Maquis Moovin. Tous sur le côté gauche en venant d’où nous sommes entrés. À droite ; Maquis Cœur Blanc Chez Angbé Le Boss, Chez Tina, Maquis Le Vignoble, Chez Bello-Bello, Le Magnifik-VIP, MSN Pharmacie De Garde, etc. Nous sommes au Quartier Koumassi.

PARIS VILLAGE

On voit à leur apparence que la nuit a été longue ; hier était samedi. Et à leurs dénominations que les femmes sont très entreprenantes dans cette petite ville située à 50 km à l’Est d’Abidjan, dans le département de Grand-Bassam, région du Sud-Comoé. Bonoua est à l’image de Grand-Bassam, Aboisso, Azaguié, Agboville, Songon, Dabou, Sikensi; ces villes d’à côté où de nombreux travailleurs vivent pour venir travailler chaque jour à Abidjan. Je ne mentionne pas Bingerville et Anyama, déjà phagocytés par le grand Abidjan.

C’est Chez Tina que nous avons choisi de nous asseoir pour attendre 10h. Elle ouvrait son local lorsque nous arrivions à son niveau et, comme on dit chez nous, « Faut pas long ce qui est court » ou mieux encore, « En même temps est mieux ».

Bonoua c’est aussi la ville du « Popo Carnavall », célébré chaque année en avril. Il tire ses origines dans les modifications que les jeunes de Bonoua ont apportées à la fête des ignames. Ainsi, en 1946, ils innovèrent en organisant le « Popo » (qui signifie « masque » en abouré). Beaucoup plus tard, ils baptisent la fête du nom de « Popo Carnaval », en y introduisant l’aspect moderne sous la forme d’un défilé de chars. Depuis 1972, l’organisation de cette fête s’inscrit dans les mœurs des Abouré qui, chaque année, pendant la période de Pâques, se retrouvent pour se réjouir dans une même liesse populaire.

EN MARCHE VERS

Les Abouré font partie des Akan lagunaires. Ils vivent essentiellement à Grand-Bassam, à Moossou, à Yaou et à Bonoua, ville au sein de laquelle s’est distinguée une grande figure de la résistance à la colonisation française à la fin du XIXe siècle : Kadjo Amangoua M’Pou Totossi. Difficile de parler aussi de cette ville sans penser à Mathieu Vangah Ékra, compagnon de lutte d’Houphouët-Boigny, député, ministre de 1961 à 1991. Bonoua, ou plutôt Ôbôlouon, c’est-à-dire « À l’orée de la forêt » en langue autochtone, est le plus grand village abouré par la superficie et la démographie. Il est habité par les Éhivè, un sous-groupe abouré.

AAVILLAGE

Il est 11h quand nous retrouvons Arsène au Quartier résidentiel, 18 Villas. Professeur d’anglais de son état, il loue une quatre pièces dans l’étage blanc qui jouxte l’Hôtel La Luciole. La luciole est plus visible la nuit grâce à sa lumière naturelle, ce qui en dit long sur la vocation de l’établissement. Une partie de la délégation était donc là à l’heure convenue ; les autres sont restés fidèles aux vieux réflexes. Le Quartier résidentiel est le nouveau quartier de Bonoua, les plus anciens étant Koumassi, Bégnéri et Bronoukro. Il a encore le charme de ces quartiers en chantier qui rappellent le calme verdoyant de nos villages.

AAACHEZ ARSENE

Autour de 11h30, d’autres membres  de la délégation arrivent. Sans plus tarder, on passe aux nouvelles. Les plus ponctuels arriveront à 13h02. Olivier se fait le porte-parole de la délégation.

On connaît les nouvelles, mais il faut les exprimer, les dire ; c’est la tradition. Il le fait avec des mots bien choisis puis, tour à tour, nous saluons M. et Mme Mida pour leur donner le « Yako ».

Sans transition, le frère Kouadio Justin nous donne l’enseignement du « Corps mystique », pour dire en substance qu’en Christ nous formons un seul et même corps  et que ce qui affecte un membre de ce corps affecte aussi tous les autres. La solidarité africaine, la vraie, qui justifie notre présence ce jour à Bonoua autour de notre frère Arsène trouve son sens profond dans cette vérité de foi. Car, malgré les vicissitudes, les Africains en général, et les Ivoiriens en particulier, n’ont pas attendu les religions révélées pour se sentir frères et sœurs.

À midi, Kouadio a fini son enseignement. Les commentaires nous emmènent à 12h30. C’était l’école de prédication délocalisée pour la circonstance. Un temps de prière et un chapelet ferment cette parenthèse chrétienne. Il est 12h40. Un repas met fin à la visite. La route demandée nous est accordée sans grande difficulté ; nous la prenons tous à 15h45 après une photo de famille. Une cinquantaine de minutes nous ramènent sur la voie principale. Un peu parce que j’avais oublié mes lunettes et qu’il fallut attendre que quelqu’un me les envoyât.

AAAA

Ayant appris la leçon ce matin avec le jeune conducteur à la casquette inclinée, nous nous dirigeons tous vers la gare MD Transport pour emprunter un véhicule plus confortable et, espérons-nous, moins ami de la vitesse. Au passage, je prends 500f CFA d’attoukpou avec l’une des vendeuses ambulantes qui animent la gare, en souvenir de ce dimanche à Bonoua.

L’attoukpou est une variété d’attiéké caractérisée par son aspect plus compact et qui se présente sous forme de galettes souples. C’est une spécialité abouré.

À 15h15 la petite cité royale nous voit quitter son sol chauffé à blanc par un soleil de plomb. On refait le trajet en sens inverse mais en passant cette fois-ci par la déjà pas très nouvelle autoroute Abidjan/Grand-Bassam. Il est 17h passées lorsque nous retrouvons la chaleur de notre maison. Tout le monde va bien ; c’est déjà ça, youpi !

Par DJANDUÉ Bi Drombé

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