CARNET DE VOYAGE: SUR LE DOS DE L’ÉLÉPHANT (2ème Partie et Fin)

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17h52 : Ogoudou, nous sommes en pays Dida, à 23 km de Divo, un village-école comme tous les villages situés sur le tronçon. Les marchandises exposées sur la place publique, et la foule rassemblée autour, augurent d’activités économiques reluisantes. Les produits vivriers font la loi: ignames, bananes, légumes divers. L’état dégradée de la voie laisse entrevoir l’immensité de l’œuvre du Père Fondateur de la nation, l’épaisseur du bitume est énorme. D’ailleurs, une grande partie reste encore intacte, tellement les travaux avaient été bien faits. Une forêt de cocotiers entoure Gnankan, un village devenu presqu’un quartier de Divo.

Il est donc 18h18mn quand nous rentrons à Divo. Les lumières annoncent la tombée de la nuit. L’Escale du Djiboua, Maquis Elomon, les citadins qui circulent, les taxis communaux de couleur rouge, comme à Dimbokro. Au centre-ville, il y a un monde fou, une foule immense : nous sommes à la gare, donc cela se comprend. Ici, on retrouve le comportement des habitants de yop-city et de Tala : klaxons retentissants et mauvaise conduite sont au menu. Ce qui est surprenant à 18h26, des lampadaires continuent de faire la sieste. Quelques minutes plus tard, une pancarte nous renseigne : Lakota, 37km. Le premier village juste après Divo s’appelle Dagrou. Difficile de ne pas se souvenir de Dagrou Loula et Dali Oble, deux figures emblématiques de la gendarmerie ivoirienne froidement abattus aux premières heures de la rébellion de 2002.

CARNET DE VOYAGE: SUR LE DOS DE L’ÉLÉPHANT (1ère partie)

Que de tristes souvenirs ! La vie, c’est aussi cette facette qu’on ne peut éviter dans une société humaine. Sur ce tronçon, la voie est nettement meilleure même si par endroits des nids de poules font vibrer le véhicule. A 18h42, nous venions de parcourir 12km depuis que nous avons laissé Divo. La nuit battait son plein. Heureusement que mon portable n’était pas encore déchargée. Il me servit de lumière jusqu’à notre arrivée à destination. On traverse villages et campements et à 19h05, nous voilà à Lakota.

Elphant-dAfrique

On pouvait observer la lumière de loin. La levée de corps venait de se dérouler selon notre informateur et donc on devait aller à Dahiri. De nuit, Lakota est une belle ville. Il y régnait un calme, une propreté sur la voie principale. À 19h16, nous tombons sur terre-plein. Juste à la sortie, un corridor de fortune érigé par des agents de la gendarmerie. Nous sommes obligés de marquer un arrêt forcé pour contrôle de routine avant de reprendre la route dans la tranquillité. À cet endroit, comme partout dans le pays profond, les motos taxis règnent, les véhicules qui datent d’une autre époque transportent des passagers entassés en surnombre. De toutes les façons, les usagers n’ont pas le choix. Il est 19h30mn chrono quand nous franchissons Dahiri, un beau village moderne. Dahiri signifie « les enfants de palabres » en langue locale dida. Le village a été loti et construit en 1976 par la Soghefia. Trois villages devenus des quartiers forment Dahiri : Degolilié, Tchitchelilié et Siagogo

Cette intégration fut une parfaite réussite et cela se voit à travers le tracée des rues, très larges, et les maisons construites à l’époque. La forme des poteaux électriques démontre qu’il devait y avoir un « gourou » derrière les travaux  à cette époque, vu le sérieux avec lequel les choses ont été faites. Dès lors, j’ai compris pourquoi le village a une configuration particulière.

Dahiri est le village de monsieur Jérémie Gnaléga Mémé, premier proviseur dans l’histoire de la Côte d’Ivoire. Il dirigea le Lycée Garçons de Bingerville qui porte désormais son nom.

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Il fut aussi l’un des premiers cadres de Lakota et l’initiateur de l’unification du village de Zokolilié. Membre du Conseil Politique du Pdci-Rda, il occupa successivement les fonctions de député à l’Assemblée Nationale, vice-Président de l’Association Internationale des Parlementaires de langue française, inspecteur général honoraire de l’Éducation nationale, président du Comité Ivoirien de l’Alliance Française, directeur adjoint de la Fondation Félix Houphouët Boigny, président Fondateur de la Ligue pour la lecture de la Bible de Côte d’Ivoire. Il fut par ailleurs officier de la Légion d’Honneur Française, commandeur de l’Ordre du Bélier et commandeur de l’Ordre National. Ce personnage illustre repose désormais dans son village natal après son décès survenu le 14 Octobre 2004 à la Polyclinique Internationale Sainte Anne Marie de Cocody.

À notre entrée dans le village, j’aperçois de loin un château d’eau. Une très bonne fraîcheur qui nous fait oublier la pollution atmosphérique de la ville d’Abidjan nous transporte dans un rêve de courte durée, puisque l’évènement qui nous y conduit n’est pas festif. Dahiri offre quelques commodités d’une ville : maquis, électricité, dispensaire, etc. Seul le bitume fait défaut. Comme partout en Afrique, l’hospitalité est une tradition à Dahiri. On nous offre à boire et très vite, on passe aux nouvelles.

A 20h37mn, la famille nous invite à nous débarbouiller et nous restaurer chez notre tuteur, monsieur Koukougnon Gbahima, ex-secrétaire général et ex-notable ayant démissionné suite à des problèmes politiques ayant entaché la chefferie. Nous passons à table à 21h23mn. Monsieur Koukougnon Gbahima et sa femme sont d’une hospitalité légendaire.

LAKOTA TUTEUR

Cela me rappelle les années Houphouët, où l’hospitalité était encore dans l’esprit de bon nombre d’Ivoiriens, la politique n’ayant pas encore divisé nos populations. C’est dans une ambiance conviviale que nous avons partagé le repas. La veillée, à proprement parler, débute à 23h. Toute la nuit, au son de la musique religieuse, l’assistance dansa. Nos hôtes étaient à nos petits soins. Ce pays est vraiment beau, quand la politique ne s’interpose pas entre les individus. La veillée est animée par le groupe musical d’EPM. Cette cérémonie a durée jusqu’à 5h du matin où chacun s’est retiré pour un petit repos avant l’inhumation prévue à 8h.

Dahiri est composé de trois quartiers, un chef central et trois chefs de quartier : Degolilié, a pour chef de quartier monsieur Akré Richard, Tchitchelilié monsieur Guédé Eric, et Siagogo monsieur Kopa Maurice. Les populations sont en majorité planteurs de cacao, de palmier à huile, d’hévéa. Dahiri possède une population cosmopolite : baoulé, lobi, koulango, abron, burkinabe. Le village a été secoué par de sérieux problèmes dont le plus grave est celui de la chefferie centrale. Notre hôte nous informe que le problème a divisé le village pendant longtemps. Grace à monsieur Djessan Antoine, cadre entrepreneur, la situation a été apaisée. C’est d’ailleurs sur fonds propre qu’il a réalisé le château d’eau qui devrait être mis sous tension depuis janvier. Malheureusement, des problèmes techniques ont causé un retard. L’école publique du village est composée de trois anciens bâtiments auxquels un nouveau de trois classes a été ajouté récemment. Outre le problème évoqué plus haut, la jeunesse est confrontée à l’alcoolisme et au manque de terre. Le problème de terre se pose partout en Côte d’Ivoire, surtout dans l’ouest de notre pays. C’est d’ailleurs pour le résoudre que le gouvernement a voté la loi Nº98-750 du 23 décembre 1998 relative au domaine foncier rural.

L’heure de l’inhumation fut respectée, car le pasteur du jour a été très exigeant. La prédication de la veille et celle du matin avant la levée du corps pour l’inhumation, ont démontré qu’il connaît la psychologie de ce peuple. Revenus du cimetière à 8h30mn, nous retournions sur les lieux des obsèques lorsque nous décidons de revenir à 9h30mn au lieu de 13h comme prévu, pour éviter la vitesse et l’empressement de départ. Pour éviter les heures TAC, on informe tous les occupants du car. Nous retournons chez notre tuteur pour prendre du café. Je profite pour prendre mes dernières images.

LAKOTA 5

À 11h30mn nous quittons Dahiri. Nous atteignons Lakota à 11h37mn, une petite escale juste pour mettre de l’air dans le pneu arrière du véhicule et descendre un passager. Au passage, le Lycée Moderne Boga Doudou dans toute sa splendeur. Le même décor à l’aller s’offre à nous au retour : plantations, champs, paysage luxuriant, nous sommes les heureux voyageurs d’un jour, qui découvrent des choses qui donnent l’envie de vivre à la campagne. Divo, il est 12h15. Nous sommes à 60 km de Tiassalé. Nous nous arrêtons pour nous approvisionner en cours de route. 26mn d’achat, et nous reprenons la route à 12h56mn. La Côte d’Ivoire est belle. Sa beauté se découvre en la parcourant. A 13h15mn, carrefour Iroporia où nous avons prévu un voyage touristique au mois d’août prochain. 13h34, Kouamékro ; 10mn plus tard, nous voilà a Hermankono, le berceau du gingembre. Il est 13h55 quand nous atteignons Tiassalé. Nous traversons respectivement N’douci à 13h58, atteignons l’Autoroute du nord à 14h31, Bodo à 90 km d’Abidjan à 14h32, PK 103, carrefour Agboville à 14h34, PK 96 à 14h38, PK 85 à 66 km d’Abidjan à 14h44. L’excès de vitesse, comme au départ, et le chauffeur se fait prendre par les radars. Heureusement pour lui, il a réussi, je ne sais par quelle prouesse, à corrompre l’agent. Vivement qu’un système automatique de contrôle se mette en place pour que les automobilistes s’assagissent. Sikensi à 14h52, PK 41 à 64 km d’Abidjan à 15h02. Quand nous atteignons petit Danané a 32 km d’Abidjan, il est 15h09. Puis successivement PK 42 à 15h13, PK 38 à 15h15, la carrière Soligra à 15h17, le premier corridor a 15h18, Attingué à 11 km d’Abidjan à 15h27, PK 24 à 15h37 et enfin Gesco a 14h49. Quelques passagers descendent, le convoi ne pouvant passer par Siporex pour éviter les bouchons. On se dit au revoir. La dernière destination fut Adjamé, Tala, comme à l’aller. Là, tous nous nous séparons à 16h25.

Ce voyage sur le dos de l’éléphant, Lôkhoda, qui s’est déroulé dans des conditions de tristesse a été une occasion de plus pour découvrir le pays profond. Voici au moins un peu de bien tiré d’un mal.

Par YAPI Michel

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