CARNET DE VOYAGE: SUR LE DOS DE L’ÉLÉPHANT (1ère partie)

0 205

Obtenez des mises à jour en temps réel directement sur votre appareil, abonnez-vous dès maintenant à Attoungblan.net.

Nous sommes dans un monde en pleine mutation. Les évènements heureux comme malheureux s’enchainent, se croisent. En Afrique, ces évènements ont toujours été une source de rapprochement et d’union, car quoiqu’on fasse, nous sommes tous les enfants d’un même Dieu Omnipotent, Omniprésent, Omniscient, un Dieu d’amour et de compassion. A ce titre, nous nous devons de nous tendre la main à chaque occasion.

Notre séjour sur le dos de l’éléphant, Lôkhoda était une occasion pour nous de soutenir notre sœur, Koné Pascale qui avait perdu sa mère quelques jours plus tôt, et dont les obsèques s’y déroulaient ce week-end du vendredi 06 au samedi 07 avril 2018, plus précisément à Gbahiri, village situé à environ 5 kilomètres de la ville mythique qui a offert à la Côte d’Ivoire de nombreux cerveaux dont l’ex-ministre de la sécurité, Emile Boga Doudou, assassiné lors du coup d’Etat manqué de septembre 2002 qui avait ouvert la voie a tant d’abus pour un pouvoir périssable.

Né en 1952 à Lakota, Emile Boga Doudou était chargé de cours à la Faculté de droit de l`Université de Cocody-Abidjan entre 1982 et 1987 ; il devient avocat à la Cour d`appel d`Abidjan en 1988, et la même année, il obtient le grade de Maître-Assistant. Député du Front Populaire Ivoirien (FPI) de la circonscription commune et sous-préfecture de Lakota en 1995, il est Président du groupe parlementaire FPI de 1995 à 1999, date du premier coup d’Etat dans l’histoire de la Côte d’Ivoire. Par la suite, Maitre Boga Doudou occupe successivement les postes de Secrétaire général adjoint du FPI, chargé des finances et des relations avec les institutions de l`Etat entre juillet 1999 et juillet 2001, Ministre d`Etat, ministre de l`Intérieur et de la Décentralisation en octobre 2000, Député de Lakota en décembre 2000 et enfin Vice-président de ce même parti politique en juillet 2001. L’homme est connu pour ses vérités crues et pour ne pas avoir froid aux yeux, même en face du Président Laurent Gbagbo, son compagnon de lutte dans l’opposition, devenu président de la république. Notre pays venait de perdre un monument.

Emile Boga Doudou.JPG

Lakota, c’est également et surtout la ville natale de Lida Kouassi Moise. Né le 7 janvier 1956 à Lakota (Sud), il est Maître-assistant des langues et civilisations germaniques à la Faculté des lettres et des sciences humaines de l`Université de Cocody-Abidjan. Il est Secrétaire national du FPI chargé de la politique de défense et de la sécurité de 1996 à 2001, conseiller politique du président Robert Gueï en 2000, Ministre d’Etat chargé de la Défense et de la Protection civile en octobre 2000. Il est élu député du FPI dans la commune de Marcory à Abidjan en décembre 2000 et finalement, il occupe le poste de Secrétaire général adjoint du FPI, chargé des relations avec les partis politiques et la société civile en juillet 2001.

lida kouassi.jpg

Au plan artistique, Lakota a offert à notre pays de nombreux artistes. Lakota est la ville natale d’un artiste ivoirien de renom qui avait fait les beaux jours de la musique ivoirienne dans les années 1970-1980, Lougah Francois, dont la majorité des compositions fait partie des classiques de la musique ivoirienne.

Celui que l’on surnomme le « papa national » et qui chantait en Dida, a infusé dans ses spectacles de variété les rythmes « aloukou » et « zagrobi » de l’Ouest de la Côte d’Ivoire. De son vrai nom Dago Lougah, François Lougah est né le 22 juin 1942 à Lakota.

Il suit des cours de piano et de solfège avec Alain Raizaimbla, obtient le premier Prix de Rome, puis des cours de music-hall à l’Olympia de 1966 à 1968. Cette même année, il remporte le Grand Prix du Musichall, le deuxième prix de l’émission radiophonique « Le jeu de la chance » de Roger Lanzac et le Grand Prix du Music-Hall. Il fréquente alors des artistes comme Gilbert Bécaud, Mireille Mathieu, James Brown, Fernandel, Eddie Constantine, Claude François et Miriam Makeba.

mausolée Lougah François à Lakota.jpg

Vedette de l’émission de variétés « Interlude » pendant trois ans, il sort avec Manu Dibango son premier disque « Pécoussa » qui connaît un succès continental et lui ouvre les portes du monde et des grandes manifestations internationales comme le festival d’Alger, le festival de Lomé et le Carnaval de Rio.

Figure incontournable de la variété ivoirienne, il a sorti de nombreux albums chantés en « dida », sa langue maternelle dont « Pécoussa », « Nayowi », « Toigny », « Yoco you mon », « Contraste », « Kouho-Kouho », « Glokali zaza », « Bernadette », « Moustique il est là » et « Kouglizia ». L’homme est célèbre pour ses cheveux gominés et ses mocassins texans, il meurt en décembre 1997 et repose desormais en paix à Akabreboua Dabéko. La liste des artistes originaires de cette région est longue. Nous avons Akezo connu pour son Titre phare papagnon, qui veut dire sorcier, Tina Dakouri, Betika, les Djiz, Michelle Djalyé, pour ne citer que ceux-là.

Géographiquement, la ville de Lakota est située dans la région du Lôh-Djiboua au centre-ouest de la Côte d’Ivoire. Elle est limitée au Nord-Ouest, par la Région du Goh (Gagnoa), à l’Est par la Région de l’Agnéby Tiassa (Agboville), au Sud-Est par la Région des Grands Ponts (Grand-Lahou) et au Sud -Ouest par la Région du Gboklê (Sassandra).

La région du Loh-Djiboua a une superficie de 10.650km² pour une population estimée en 2012 à 1.024.376 habitants et est peuplée par les Djiboua dont la langue est le Dida. La région compte trois départements: Divo (chef-lieu), Lakota et Guitry. Elle compte également cinq (5) communes fonctionnelles : Divo, Hiré, Guitry, Lakota et Zikisso.

Lakota est une déformation de Lôkhoda, nom par lequel ce peuple désignait leur pays. Ce qui se traduit littéralement par lô = les éléphants, ko = sont et Da = là. C’est-à-dire « Les éléphants sont là » ou « le pays des éléphants » (1). Le nom Lôkhoda est à l’origine de la dénomination de la colonie française créée en 1893. En effet c’est la traduction déformée du nom indigène Lôkhoda qui donnera les noms de Côte des Dents puis de Côte d’Ivoire.

Le samedi 6 avril, rendez-vous est donc donné à Adjamé, Tala comme aiment l’appeler l’ivoirien de rue, précisément à la station Shell. Je suis le dernier de notre équipe à arriver sur les lieux, car nous devrions nous rencontrer devant chez Hassan (nom que portent la quasi-totalité des vendeurs de shawarma d’Abidjan) avant de converger vers le lieu d’embarcation. Pour un rendez-vous prévu à 13h, le car devant nous y conduire s’amena à 14h 11mn. Quoi de plus normal, quand on sait que les Africains sont abonnés à l’heure TAC! (1) C’est plutôt le contraire qui aurait étonné. 10mn ont suffi à traverser la voie pour monter à bord du mini car affrété pour le voyage.

Adjame-Liberte-Yapasdrap-0004.jpg

A notre arrivée à la Gesco, Yopougon, Yop-city, il était 14h40mn après avoir fait une escale au 2e pont pour embarquer deux autres passagers dans le convoi et traversé un petit bouchon juste après le 3e pont. Avant notre dernier arrêt a la Gesco, les démons du transport abidjanais intime l’ordre au chauffeur de s’arrêter, ce qu’il fit sans opposition. Il a vite compris le langage des bois que ces derniers tenaient en main pour briser les vitres au cas où le chauffeur refuse d’obtempérer. Heureusement, on redémarre aussitôt. A Gesco, quelques petites minutes d’attente pour laisser monter les derniers occupants, et le car redémarre. Il était 15h03mn quand le car sort de Gesco.

Amon, responsable du convoi dit une prière pour la sécurité spirituelle des occupants après avoir présenté ses excuses pour les frustrations, incompréhensions dus au retard.

Le car pouvait donc aller tout droit, tout droit, tout droit, mais cette fois-ci, pas à destination de Sikensi, que nous atteignons à 16h07mn. A quelques minutes de là, nous sommes confrontés à un autre embouteillage, au niveau du premier pont à péage. Le nombre de véhicules de tous les gabarits laisse comprendre qu’il y a vraiment l’argent au pays. Il était déjà 15h20mn. On passera 19mn dans ce four infernal. A 15h39mn, nous voilà délivrés du péage. A 16h30mn, nous atteignons le Km108.

On laisse l’autoroute du Nord pour emprunter la route qui doit nous conduire à notre destination. Nous dépassons successivement N’Douci à 16h4Omn, Tiassalé a 16h52mn ou le car marque un arrêt pour permettre aux occupants de se soulager. Quand nous reprenons la route, il est 17h10mn. Notre pays est réellement beau. Une partie de cette beauté se trouve dans la nature, surtout en cette période où toutes les herbes agonisantes reverdissent, grâce aux bienfaits du Créateur, Dieu.

Pont_de_Tiassalé_03.JPG

La beauté du pays se retrouve également à travers des plantations a perte de vue : hévéa, cacao, café, tek, le silence de la forêt reposante, l’air pur qui y circule et qui nous transpose dans nos souvenirs d’enfance a Yapiville et enfin la tombée du soleil qui offre un panorama indescriptible.

Au beau milieu de la végétation, on sent que le développement avance à grands pas. Cela se voit à travers les portables qui ne cessent de crépiter tout le long du trajet, au milieu de cette forêt immense. Quelques années en arrière, personne ne pouvait s’imaginer la prouesse de cette technologie. On ne pourra que dire grand merci à notre inspirateur, celui qui a mis l’intelligence dans le cerveau humain. A l’aller, le chemin fut long et infernal parfois, à cause des secousses sur une route en pleine réfection.

Cette fois-ci les entreprises ont eu la sagesse de ne pas dépigmenter la voie pour l’achever totalement avec du bitume biodégradable comme nous l’avons constaté après la crise. La poussière rouge était au rendez-vous. A 17h32mn, nous voilà a Heremankono, à 39 km de Divo.

Heremankono est un gros village qui s’étend à perte de vue avec des constructions nouvelles, des maisons en dur et des toits blancs qui ornent le village. J’aperçois au passage, oxygène maquis, qui porte bien son nom, car logé au milieu d’une forêt isolée au centre du village. Zeredougou, le village voisin est tout minuscule, mais ici, le trafic de courant est un comportement. La journée commence à s’agoniser, et cède petit à petit le pas à son rivale, la nuit. Sur une voie très fréquentée par les compagnies de transport, les titans dans le domaine se livrent une guerre d’aller et retour et de dépassement sans merci.

Des champs de maïs, de même que les champs d’ignames et de manioc qui s’étendent à perte de vue, réclament leurs droits. En pleine allure sur une voir chaotique, le car avale les villages. Il a fallu que ma voisine directe intime l’ordre au chauffeur surexcité pour qu’il comprenne que la conduite ne se limite pas au volant et a l’accélérateur. Le pays profond, c’est aussi des véhicules des années 50-60, des bachets, un véhicule surpeuplé que les baoulés pervers ont vite fait de nommer n’me nzan su, c’est-à-dire un endroit où on boit le bangui puisque tous les passagers se font face.

Suite: CARNET DE VOYAGE: SUR LE DOS DE L’ÉLÉPHANT (2ème Partie et Fin)

Par Yapi Michel

Commentaires
Loading...
%d blogueurs aiment cette page :