CARNET DE VOYAGE: BILLET RETOUR À DIMBOKRO

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Ayant raté de justesse le premier car du jour, c’est à 08h47, ce matin du jeudi 11 janvier 2018, que nous sortons de la gare UTB d’Adjamé à bord du deuxième départ. Deux escales de la compagnie, l’une à Yopougon Siporex (09h15) et l’autre à Yopougon Gesco (09h41), font que c’est finalement à 09h47 que nous nous engageons sur l’autoroute du nord.

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Il est 12h52 lorsque je foule à nouveau la capitale de la région du N’zi. Les élèves, qui ont repris les cours après les congés de Noël, revenaient de l’école pour certains ou y retournaient pour d’autres à cette heure. L’uniforme kaki des garçons et celui bleu et blanc des filles en rajoutent donc forcément aux couleurs et à l’ambiance de la ville.

CARNET DE VOYAGE: UN WEEK-END A DIMBOKRO

Pour notre séjour, nous avons choisi l’Auberge du N’zi Comoé, un hôtel situé en plein cœur de la cité au quartier commerce, l’un des meilleurs de la place. Nous y passerons trois nuits au lieu de deux comme initialement prévu, afin de mener notre mission à son terme.

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Pendant ces trois jours de tournée en terre agba, soit du jeudi 11 au samedi 13 janvier, Dimbokro constituera la base arrière de l’équipe de reportage d’Attoungblan.net composée pour la circonstance de cinq membres. Réglées les formalités relatives à l’hébergement, il faut trouver à manger. Le président du Conseil régional nous attend à 15h. Nous sommes en compagnie de Konan Franck Hervé, président de l’Union de la Jeunesse Communale de Dimbokro (UJCDI), lequel nous recommande Chez Cécile, non loin de notre hôtel.

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Mais ce jeudi à 13h46, nous y arriverons trop tard pour apprécier tout le bien qu’on dit ici de Cécile. Partie remise ! Les placali chauds du vendredi et du samedi matin nous permettront de sentir au palais l’étendue de son art culinaire. En route pour le siège du Conseil régional du N’zi, un tour par ce qui reste de la résidence des colons où on peut encore voir la prison dont l’administration coloniale se servait pour faire plier les plus récalcitrants de nos ancêtres.

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La rencontre avec le président du Conseil régional et son directeur technique, monsieur Youzan Bi Dri, de 15h37 à 16h02 dans la grande salle de conférence, donne le top départ de la mission de reportage d’Attoungblan.net dans le N’zi. Pour ce jour 1, nous n’irons pas au-delà de la sous-préfecture de Dimbokro. Nous visitons le Centre de Secours d’Urgence (16h22-16h45)  en construction et la salle des professeurs réhabilitée du Lycée Moderne de Dimbokro (16h50-17h14) puis, sur l’axe Dimbokro-Bongouanou, deux écoles dans les villages de Songassi et de Wawrênou.

À 19h30, nous sommes reçus au domicile de monsieur N’guessan Koffi Bernard pour lui faire un point de la première sortie par la voix experte de son directeur technique. Puis vint l’heure du dîner. Pour cette première nuit, nous sommes accueillis Chez Christine. À Dimbokro, on mange presque toujours chez quelqu’un. Nous avons l’occasion, par le truchement de Franck, d’y faire la connaissance d’Onésime, un chantre de la région qui nous accordera une interview le samedi matin. Nous y reviendrons très prochainement.

Au menu, entre autres, deux gros poissons en soupe. Ceux d’entre nous qui en avaient passé la commande ont été servis au-delà de leurs espérances, puisque tout le N’zi s’était pratiquement retrouvé dans une cuvette pour leur plaisir. Comme si ces deux malheureux poissons avaient encore besoin de nager pendant qu’on les mangeait.

Christine est la fille de Koné Samba Ambroise (1909-1982), ancien compagnon de lutte du président Felix Houphouët-Boigny et premier maire de Dimbokro, qui a donné son nom au stade de la ville, le Stade Koné Samba Ambroise de Dimbokro.

             STADE KONE SAMBA AMBROISEEt ce n’est pas fortuit ; l’homme est pour Dimbokro ce qu’est Philippe Grégoire Yacé pour Jacqueville. Du Devoir de Mémoire qu’Assis Louis lui consacre dans le No 002 de DJASSI’N (Janvier-Février-Mars 2017), trimestriel d’information de la Région du N’zi, à la page 7, on peut retenir que Koné Samba Ambroise est l’une des figures marquantes de la lutte anticoloniale dans l’ancien cercle de Dimbokro.

Employé de commerce de 1928 à 1933 puis planteur-transporteur à Dimbokro de 1937 à 1943, il est élu délégué régional du Syndicat Agricole Africain (SAA) en 1944. La même année, il devient Secrétaire Général de cette organisation. Il cumulera cette fonction avec celle de Secrétaire Général de la Sous-section du PDCI-RDA dès sa création en 1946 jusqu’à fin 1970. Il est successivement élu député à l’Assemblée Constituante en 1958, à l’Assemblée Législative en 1959, puis à l’Assemblée Nationale de 1960 à 1980 et membre du Bureau Politique National du PDCI, Juge Titulaire à la Cour de sûreté de l’État depuis 1963 et Titulaire de la Haute Cour de Justice […].

En tant que délégué régional du Syndicat Agricole Africain de Dimbokro, Koné Samba Ambroise entreprendra sur tout le territoire de l’ancien cercle de Dimbokro l’organisation et la formation de ses camarades tant au plan syndical que politique ; ce, malgré la terrible répression du pouvoir colonial. Ses compagnons et lui subiront des arrestations arbitraires, des emprisonnements et des tortures avec pour point d’orgue la fusillade du 30 janvier 1950 qui fit officiellement 14 morts et 50 blessés. Il demeurera inébranlable dans sa foi et ses convictions jusqu’à l’indépendance de la Côte d’Ivoire en août 1960. Les Ivoiriens en général et les populations de Dimbokro en particulier gardent de lui l’image d’un homme courageux, humble et au service des autres. […] Il meurt en 1982 à l’âge de 73 ans.

Tant et si bien que, malgré la générosité excessive de la soupe de poissons, manger chez Christine à Dimbokro revêt une haute valeur symbolique ; c’est comme manger dans un coin de l’histoire de la Côte d’Ivoire moderne.

Le vendredi matin, en attendant la deuxième sortie de notre équipe de reportage, qui couvrira en partie les départements de Dimbokro et de Bocanda, une petite promenade à la gare ferroviaire de Dimbokro puis une visite en famille. Le samedi, pour clore la mission, nous irons jusque dans le département de Kouassi-Kouassikro qui forme avec les deux autres la Région du N’zi. Le clou de la mission sera l’interview accordée à Attoungblan.net par N’guessan Koffi Bernard, le président du Conseil régional du N’zi. Pendant ces deux jours, c’est Chez Loulou, juste derrière la gare ferroviaire, que le dîner est pris; très apprécié de tout le monde.

La nuit du samedi au dimanche fut particulièrement courte, puisque nous étions debout dès 4h00 du matin dans le but de retourner à Abidjan avec le premier départ de la compagnie UTB. Il ne fallait surtout pas le rater cette fois-ci, puisque la réunion de travail pour laquelle nous tenions à rentrer le samedi n’avait pas été reportée.  Nous arriverons à temps, autour de 10h, pour y participer activement. Tout est bien qui finit bien !

Pendant trois jours, avec l’équipe d’Attoungblan.net, j’ai voyagé au cœur du pays agba, dans une bonne partie de la savane arborée du centre de la Côte d’Ivoire. J’ai été dans une trentaine de villages grâce au bon état des routes en cette saison sèche. À quelque chose malheur n’est-il pas bon ? Un véritable tourisme intérieur que tout Ivoirien qui en a les moyens devrait s’offrir une fois par an, afin de savoir réellement de quoi on parle quand on dit Côte d’Ivoire. Dans le prochain carnet de voyage, je vous promets quelques curiosités croustillantes de ces trois jours d’immersion dans le N’zi.

Par Paul-Bathesty DROMBÉ

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