CARNET DE VOYAGE 05 : UN PEU D’AZAGUIÉ POUR COMMENCER L’ANNÉE

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De Gagnoa-gare à Abobo à l’église catholique d’Ahoua, cela nous a pris moins de quarante minutes. Je savais qu’Azaguié n’était pas loin d’Abidjan, mais je ne savais pas que c’était si proche. Il est vrai que 40 kilomètres, ça peut se parcourir très vite, surtout quand tout le voyage se déroule au son du reggae de notre Alpha Blondy national, à un niveau de décibels tellement bien réglé qu’il vous laisse à peine sentir la route qui passe.

À Ahoua, on est bien à Azaguié, c’est-à-dire « Assa djè », « les enfants d’Assa » en langue abbey, celle des autochtones de cette petite ville du sud de la Côte d’Ivoire, dans la région de l’Agnéby-Tiassa et le département d’Agboville dont elle est l’une des sous-préfectures, avec Grand-Morié, Céchi, Oress-Krobou et Rubino.

Les Abbey font partie du groupe des Akan lagunaires. Et Rubino n’est pas sans rappeler la fameuse révolte des Abbey qui, en 1910, avaient assassiné Rubino, un officier colon, pour donner un avertissement sanglant et cinglant à l’administration coloniale. Rubino, tué, aurait été ensuite découpé en morceaux, cuisiné puis consommé. Vous trouverez ici la suite de l’histoire.

Nous étions partis très tôt ce samedi matin, sixième jour du premier mois de la nouvelle année 2018, dans l’objectif de retourner en début d’après-midi. Nous, c’est moi, mon épouse Rachel et nos deux filles Bélizie (bientôt cinq ans) et Widotchie (presque deux ans). Nous venions rendre visite à madame Aka Béatrice alias Tantie choco, une femme de la région qui nous a adoptés depuis Sassandra où son mari était secrétaire général de la mairie et moi professeur d’espagnol.

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Elle tenait à voir ses petites filles et l’occasion était bonne pour mettre fin à une longue période de silence depuis que tout le monde avait quitté Sassandra pour des raisons professionnelles.

Madame Aka habite en face de l’église catholique d’Ahoua. C’est aussi là, juste derrière la maison familiale, que se trouve son petit conteneur-buvette : Chez Tantie choco. Comparé à sa petite boutique de Sassandra, il y a ici plus à boire qu’à manger.

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Après les civilités, un bon petit déjeuner nous permet de prendre des forces. J’avais hâte d’aller un peu plus loin dans Azaguié pour en voir et en savoir davantage. Mais en une matinée, difficile de faire le tour de tous les Azaguié dont Ahoua n’est en réalité que la capitale, là où se concentrent les principaux édifices administratifs, notamment la Sous-préfecture au quartier Dioulabougou et la Mairie au quartier Bambou.

Car il y a plus loin Azaguié-gare, peuplé en grande partie par les allogènes d’après ce qu’on m’en a dit, Azaguié-Makoudjé et Azaguié-M’broumé, deux villages emblématiques de la localité. Quant à Azaguié-Blida, c’est une incursion abbey en territoire akyé, administrativement parlant tout au moins, puisque cet Azaguié-là appartient à la sous-préfecture voisine d’Anyama.

Notre guide de circonstance se nomme Kouaho Aké Jean-Prospère, onze ans, élève en classe de Sixième au Lycée Moderne d’Azaguié et neveu de notre amphitryonne.

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Nous aurions aimé effectuer toute la visite à pieds, mais avec deux enfants en bas âge, difficile de s’offrir un tel luxe. Nous marchons donc jusqu’au marché avant d’emprunter un taxi qui nous laisse à côté de la sous-préfecture. En face, de l’autre côté de la chaussée, on peut voir le presbytère, là où vivent les prêtres de la ville.

À partir de là, nous continuons notre visite à pieds. Au niveau du maquis Les Acacias, en quittant la voie principale par la droite, une route en terre rouge vous conduit jusqu’à une grotte mariale où l’un des premiers miracles observé aurait été la brusque apparition de l’eau alors qu’aucune installation n’avait encore été construite à cet effet.

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Mais avant d’atteindre la grotte, nous nous offrons une escale dans une petite usine de fabrication d’alvéoles, ou « cartons d’œufs » en français facile. Monsieur Patrice Bambélé, le responsable technique, ne fait aucune difficulté pour nous recevoir et partager quelques informations avec nous.

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Cette unité industrielle, qui fait dans le recyclage de papiers usés, a été délocalisée de Yopougon Azito (Abidjan) à Azaguié il y a un an et demi, afin de la rapprocher des éleveurs qui en sont les principaux clients. Par ailleurs, on trouve ici plus de bois pour alimenter les fours. Monsieur Bambélé nous expliquera aussi que la production journalière est de 300 à 350 colis, soit 30 000 à 35 000 alvéoles par jour, 1 colis correspondant à 100 alvéoles.

Notre petit tour de la ville prend fin autour de midi. À 13h 30 le déjeuner nous est servi. La sauce tomate était accompagnée de riz, mais difficile de ne pas y ajouter un peu d’attiéké sorti directement du four.

En arrivant ce matin, en effet, la mère et la sœur de madame Aka étaient en pleine préparation du « han » ; c’est ainsi que les Abbey appellent l’attiéké.

En me souvenant que les Atchan ou Ébrié disent de leur côté « ahi », j’ai l’impression que ces peuples du sud de notre pays étaient restés sans voix devant leur propre trouvaille culinaire, « han ! » et « ahi ! » exprimant aussi l’étonnement.

Nous avons eu le temps de digérer, mais vers 15 h, il était déjà un peu tard pour pouvoir assister à l’Agapè organisé par l’association de notre maman à la faveur du nouvel an. Pendant qu’elle se préparait pour y aller, nous nous préparions à demander la route pour revenir à Abidjan. L’Association Boka M’ (Aide-moi) regroupe des femmes qui, depuis huit à neuf ans, organisent des tontines en vue de s’entre-aider. Dirigée par madame Mao Frédéric, madame Aka Béatrice en est la porte-parole. L’association tient ses réunions chaque deuxième dimanche du mois.

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La route demandée nous a été accordée sans aucune difficulté ; nous sommes même partis d’Azaguié les bras chargés d’attiéké fait maison. On dit que l’étranger a de gros yeux mais ne voit pas ; la contrepartie est que ces yeux ont encore intacte leur capacité d’émerveillement devant les choses qu’on découvre pour la première fois. L’habitude rend les choses si familières qu’elles finissent souvent par passer inaperçues aux yeux des autochtones. La belle grotte que nous avons visitée, beaucoup de ceux qui vivent à Azaguié même n’y sont jamais allés. Ainsi va la vie et ainsi vivent les hommes!

Par DJANDUÉ Bi Drombé

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