BON À SAVOIR: L’ATOHN’VLÊ

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Du baptême traditionnel des jeunes filles en pays baoulé

Pourquoi baptise-t-on ou si vous voulez, « lave»-t-on les jeunes filles en pays baoulé ? Selon quelques sachants interrogés çà et là, ce rite très ancien sert à initier la jeune fille à la vie de femme et d’épouse. Il intervient généralement entre 18 et 25ans, lorsque les parents jugent leur fille suffisamment mature pour le faire. C’est-à-dire lorsque les parents pensent que cette dernière à l’épanouissement physiologique et psychologique nécessaire, qu’elle est adulte sexuellement et que sa raison, sa pensée et son jugement sont arrivés à maturité. Au cours de cette cérémonie l’atôhn’vlê, ou la nouvelle née dans la grande famille des femmes, est présentée à moitié nue afin de montrer ses atouts physiologiques.

Comme tout baptême, il est un acte purificateur, une initiation. Purification parce qu’on délivre la jeune fille de toute impureté et de toute souillure. L’impureté ici est d’ordre moral, corporel et physique, et est synonyme d’ « immaturité », d’interdits et de « saleté ». Initiation, parce que c’est un rite par lequel la jeune fille acquiert le statut de femme, par l’acquisition de nouvelles connaissances et l’admission à des activités en rapport avec ce statut de femme.

La différence entre cette initiation et les autres

C’est qu’ici, la personne à initier n’est informée de rien. C’est la mère qui d’abord, se rendant compte de la maturité de sa fille, informe secrètement le père, et les deux, de commun accord, informent ensuite la société ou plutôt les anciens du village. Tout cela se fait à l’insu de la future initiée.

Comme dans tout baptême, les parents choisissent une marraine ou atôhn’vlê kpinhn’gbin pour leur fille. Ce choix se fait selon plusieurs critères. L’atôhn’vlê kpinhn’gbin doit incarner certaines valeurs. Elle doit être mariée, avoir eu beaucoup d’enfants, ne pas en avoir perdu, être un modèle de femme, d’épouse et de mère au sein de sa société, avoir une réputation de « porte bonheur ou de porte chance ». Parce que certaines atôhn’vlê kpinhn’gbin, lorsqu’elles baptisent ou lavent une fille, elle n’enfante pas ou met du temps à le faire. Alors que, quand d’autres le font, dès que l’atôhn’vlê se marie, elle prend une grossesse et enfante.

C’est au regard de toutes ces considérations que l’on choisit l’atôhn’vlê kpinhn’gbin. Elle a pour fonction non seulement de laver sa filleule, de l’initier à la vie de femme mais aussi de la conseiller, de la protéger et de l’aider dans sa nouvelle vie. Elle lui apprend par exemple à faire sa toilette, à s’habiller et à se comporter désormais comme une femme.

Quelle est le symbolique de l’eau dans ce contexte ?

Le rite de l’atôhn’vlê à lieu les matins. Les matins parce que c’est l’aube, c’est le lever du jour. Cela signifie que c’est un nouveau jour qui s’élève sur la vie de l’atôhn’vlê. Pour ce rite, l’atôhn’vlê kpinhn’gbin utilise l’eau ou un chiffon, du kaolin en poudre, un pagne blanc. Excepté le morceau de pagne soigneusement noué, ces choses sont des symboles de purification. Il faut souligner qu’en pays baoulé le rite de l’atôhn’vlê se fait de deux façons. L’atôhn’vlê kpinhn’gbin verse de l’eau sur la jeune fille pendant qu’elle est endormie ou la tape avec un morceau de pagne soigneusement noué en prononçant les paroles suivantes : « A partir d’aujourd’hui, tes parents te reconnaissent comme femme, voici ton eau. »

Une façon de lui dire qu’elle est devenue pubère, qu’elle a grandi et qu`elle peut avoir des rapports sexuels avec un homme et qu’elle pourra garder l’enfant qui va en naître. Ce rite était obligatoire et tellement strict dans les temps anciens que tout enfant conçu, avant qu’il ait lieu, était mis à mort, à la naissance, parce que ce dernier était supposé être source de malheurs pour l’ensemble de la communauté.
Le pagne blanc est ce que l’atôhn’vlê porte en sortant de la douche après sa toilette ; une toilette effectuée sous la supervision de l’atôhn’vlê kpinhn’gbin. Ce pagne blanc symbolise la pureté de l’atôhn’vlê.

Ce rite est un fait culturel. Son importance est liée à la valeur sociale de la femme. Il est une forme d’abstinence qui permet de garder la virginité de la jeune fille jusqu’au mariage. Et ce temps d’abstinence prend seulement fin lorsque la mère de la jeune fille estime qu’elle a l’âge requis et qu’elle est sexuellement, morphologiquement, psychologiquement y moralement prête pour fonder un foyer. Ceci pour plusieurs raisons. Il s’agissait d’éviter les grossesses précoces et leurs conséquences souvent désastreuses.

D’une part, la jeune fille avec une grossesse précoce peut mourir en couche. Et quand ce n’est pas le cas, elle n’a pas la maturité nécessaire pour prendre soin d’un enfant ou pour lui donner l’éducation qu’il faut. Le plus souvent ces filles-mères abandonnent leur enfant à leur mère ou au père sous prétexte qu’elles sont trop petites pour s’en occuper. Dans les grandes villes, ces enfants non désirés sont souvent abandonnés dans les hôpitaux, devant les orphelinats, les moins chanceux sur des décharges ou dans des caniveaux.

D’autre part, une telle grossesse en période d’impureté est vécue comme une honte par les parents pace qu’elle traduit leur échec en termes d’éducation au regard du caractère très stricte des normes sociales. Quant à la jeune fille, elle perd toute sa noblesse en ce sens qu’elle n’a pas pu être une atôhn’vlê. C’est-à-dire, célébrée comme une femme.

En pays baoulé, l’atôhn’vlê ou la jeune fille qui a pu s’abstenir de rapport sexuel jusqu’à la maturité, est une fierté pour les parents et traitée par ceux-ci comme une reine. Les parents la présentent à la société, propre et bien habillée en tenue traditionnelle avec des parures en or et celle-ci l’honore avec des présents.

Cet atôhn’vlê donne lieu à un autre : celui du mariage. L’atôhn’vlê bla est la femme mariée. Le mariage ou l’atôhn’vlê donnait autrefois lieu à d’importants transferts de poudre d`or et à de grandes festivités (consommation de bétail, de vin de palme etc.), celant ainsi la fusion des deux familles.

Aujourd’hui, à défaut d’or, l’on offre des liqueurs, du sel, plusieurs complets de pagnes, de l’argent, du savon, etc. Ce mariage traditionnel est de nos jours appelé dot.

L’atôhn’vlê comme baptême ou comme mariage est non seulement signe de prestige mais aussi de stabilité sociale. Il est l’une des valeurs culturelles du peuple baoulé. Malgré le modernisme et le christianisme, ce rite reste vivace dans certains groupes baoulé.

Par Kén’dé Oufoué

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