BELLES-MÈRES ET BELLES-FILLES: POURQUOI TANT DE HAINE?

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Au détour d’une conversation avec monsieur Yao Olivier, lui-même originaire de Tiébissou, j’ai appris qu’en langue baoulé parlée en Côte d’Ivoire, le terme «wla» signifie, entre autres choses, «coépouse». Dans le langage courant on dirait «rivale». D’où, par exemple, «Mi wla i yima», du nom d’un pagne très apprécié par les femmes ivoiriennes d’une certaine époque: «L’œil de ma rivale».

Ce nom de pagne n’est pas fortuit, comme d’ailleurs tous les autres dans le milieu. Il est la concentration sémantique de l’atmosphère confligène qui règne en général dans les foyers polygamiques où la jalousie, la convoitise, les demi-vérités et les coups bas se donnent rendez-vous au grand désarroi des enfants. L’œil de la rivale lorgne dangereusement, envie, guette et menace. Alors il ne faut pas s’étonner que le mot «wla» signifie aussi «ordures, saletés».

En pays baoulé, il arrive parfois que, sur le ton de la plaisanterie, une belle-mère appelle sa belle-fille «mi wla» ; ce qui, même sur le ton de la plaisanterie, en dit long sur la nature des rapports entre les mères et les épouses de leurs fils. Ainsi, dans l’imaginaire populaire, chez nous en Côte d’Ivoire comme ailleurs dans le monde, la belle-mère a cette mauvaise réputation qui lui colle à la peau et la suit partout comme son ombre.

La femme est un être complexe et, depuis toujours, les rapports entre femmes en sont aussi complexes. Les témoignages de femmes en la matière ne manquent pas. J’en connais beaucoup qui préfèrent se lier d’amitié avec des hommes ou rester dans leur coin. Cela explique sans doute pourquoi c’est entre la belle-fille et la belle-mère que le courant passe souvent si difficilement. Il s’agit de deux femmes ; on s’est rarement plaint des beaux-pères dans ce domaine, tout comme on s’y plaint souvent moins des beaux-frères que des belles-sœurs. 

Dans la culture akan en général, et en pays baoulé en particulier, la pratique matrilinéaire, en conférant à la mère un rôle et une place centrale, éclaire les rapports conflictuels entre belles-mères et belles-filles d’une lumière assez forte pour en saisir tous les tenants et aboutissants. Chez les Baoulé, en effet, comme chez la plupart des peuples akan, la mère qui transmet et perpétue le sang familial est la faiseuse de roi, au sens propre et au sens figuré. Elle tient donc dans la vie de ses enfants, surtout les mâles, une place non négociable, un peu à l’image de la reine-mère dans la cour royale. Dans cette position privilégiée où la nature et la tradition lui ont donné le droit de veto, toute présence féminine dans la vie de son fils peut être perçue comme une «menace». Une «reine-mère» et une «reine» sont condamnées à s’aimer ou à se haïr. Et, dans le second cas de figure, c’est généralement la mère qui éjecte l’épouse ou la fiancée de son tabouret.   

Par Dr. DJANDUÉ Bi Drombé

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