« BEE LI, BELITCHI » « YRI, YRILIII… » : VIVRE JUSQU’À QUAND ?

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En gouro, la vie et le vivre s’expriment en terme de durée, voire de longévité. Le désir de vivre longtemps qui caractérise l’Homme ne date donc pas d’hier.

Tout part de l’adverbe de temps « béé » qui signifie « longtemps ». Un autre adverbe tel que « lii » (« avant »), a donc naturellement tendance à renvoyer au passé, mais pas seulement. Si « béé lii » veut dire « longtemps avant », une  phrase telle que « I mon li béé » ou, en insistant, « I mon li bé bé » (« Que tu vives/dures (très) longtemps »), projette plutôt dans le futur, et un futur lointain.

Dans sa morphologie, le verbe « bélitchi », signifiant à la fois « guérir » et « vivre » en gouro, associe ainsi deux adverbes de temps (« béé » et « lii »), mais en regardant vers le futur. Ce qui fait qu’à la base, « bélitchi », au sens de « vivre », veut dire « durer longtemps ». Mais la référence au temps se comprend aussi en passant par l’autre acception du mot, puisque « guérir » d’une maladie prolonge la vie et le vivre.

Le gouro dispose donc d’un autre verbe pour exprimer le fait de « durer », en l’occurrence « montchi ». Et dans l’expression « montchi yrilii », « durer longtemps », je ne peux m’empêcher de penser que la racine « yri » de l’adverbe « yrilii » soit en réalité une référence au « soleil » (« yri »).

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Autrefois, lorsque le calendrier n’existait pas dans nos sociétés à tradition orale et que nos ancêtres n’avaient pas non plus de montre pour se situer avec précision dans le temps, les saisons et les événements importants de la vie leur servaient de repères, mais aussi, en ce qui concerne l’heure, le soleil qui se lève à l’ouest et se couche à l’est. Les activités quotidiennes se déroulaient entre le lever et le coucher du soleil. Difficile donc de ne pas quelques fois se référer à l’étoile centrale du système solaire dans les différentes expressions du temps et de la durée.

Dans les diverses dénominations des moments de la journée, par exemple, le terme « gnranli » qui désigne « le soir » pourrait bien être une contraction très élaborée de « yri gnan » (« le soleil est fini ») ou de « gnan nan yri » (« le soleil finissant »). Les choses paraissent plus claires en revanche en ce qui concerne l’adverbe « yriliii… ». Dans cette construction, on tire à volonté sur la dernière syllabe, si bien que le suffixe « liii », plutôt que de signifier « avant », semble insinuer un certain « prolongement du soleil », et donc du temps.

Par Dr DJANDUÉ Bi Drombé

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