« AU YÔRÔ : ESPACE NOUCHI » (APPEL À CONTRIBUTION PERMANENT 02)

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« Au yôrô », du dioula « yôrô » qui veut dire « lieu, endroit, espace, etc. », signifie « Au coin ». C’est l’espace nouchi d’Attoungblan.net. Oui, nous sommes ici « Au cœur de la Côte d’Ivoire profonde » et, difficile de parler de ce pays d’Afrique occidentale sans penser au nouchi. Car le nouchi est pour la Côte d’Ivoire, au plan linguistique, ce que représente l’attiéké au niveau gastronomique, le zouglou dans le domaine musical, et le cacao au plan agro-industriel.

On a créé le nouchi à la fin des années 70 dans les rues d’Abidjan, la capitale économique de Côte d’Ivoire. Ce sont les élèves qui avaient abandonné l’école qui l’ont fait. C’est pourquoi il y a beaucoup de mots des langues qu’on apprend au collège et au lycée en Côte d’Ivoire : l’anglais, l’espagnol, l’allemand. Il y a aussi des mots des langues de ce pays : le dioula, le bété, le baoulé, etc., et surtout les mots qui sont fabriqués par les locuteurs eux-mêmes. Vous voyez, c’est une langue métisse, hybride. (http://nouchi.com/le-nouchi.html, 19/02/2018)

L’importance démographique des Baoulé et des Dioula, qui explique la popularité de leurs parlers, explique aussi que ce soit de loin les langues locales les plus présentes dans le nouchi et le français populaire ivoirien.

On ne peut s’empêcher de relever au passage qu’en la matière, l’avantage du dioula s’explique par la forte proportion des jeunes issus de cette communauté ethnique dans la vie de la rue et dans le secteur informel en général, ce qui fait encore d’eux de nos jours les principaux pourvoyeurs de mots et d’expressions venus de leur langue au nouchi.

Le terme nouchi lui-même ne signifie-t-il pas « poils des narines », du dioula « nou » (« nez ») et « chi » (« poils ») ? Un peu comme si le nouchi, dans sa fonction cryptique des origines, devait se parler dans le nez pour davantage dérouter le commun des mortels.

« Au yôrô : espace nouchi » est donc une lucarne dédiée au nouchi. Nous y expliquerons régulièrement des expressions choisies de cet argot ivoirien qui nous rassemble et nous identifie au-delà de tout ce qui nous distingue les uns des autres.

L’ivoirien a aussi sa place dans cet espace, lui qui se nourrit de temps en temps du dynamique lexique nouchi, et nous rassemble, nous identifie plus encore que le nouchi qui est un parler essentiellement juvénile.

Il faut croire, en effet, qu’en l’absence d’une langue locale capable de jouer chez nous le rôle identitaire que jouent ailleurs le moré (Burkina Faso), le lingala (RDC), l’ashanti (Ghana) ou le bambara (Mali), nous sommes parvenus, avec le temps, à créer une langue ivoirienne : l’ivoirien.

parler ivoirien

Et il le fallait car « on n’a pas encore vu, dans le monde, un pays qui se soit développé avec la langue et la culture d’autrui » (Kouadio, 2016).

On peut aujourd’hui considérer l’ivoirien comme une langue à part entière, celle que parlent surtout, mais pas seulement eux, ceux et celles d’entre nous, enfants, jeunes et adultes qui, pour diverses raisons, ne savent pas s’exprimer dans nos ethnies, et dont le français qu’ils pratiquent au quotidien n’est pas tout à fait le même que ceux des autres pays francophones.

Le professeur Kouadio N’guessan Jérémie, qui a consacré presque toute sa vie à la question, écrivait en 2006 :

Et si en fin de compte la rencontre entre le nouchi, le français populaire ivoirien et le français local donnait naissance, dans quelques années, à une langue ivoiro-française dans laquelle les Ivoiriens se retrouveraient totalement et qui aurait le double avantage de les sécuriser et de les rattacher à la grande famille francophone sans qu’ils aient l’impression d’avoir perdu, dans cette aventure, ni leur âme ni leurs cultures originelles ! Il semble désormais que cela soit dans l’ordre des choses possibles. (Kouadio, 2006 : 190)

ivoirien sans mot

Plus d’une décennie après, je considère, pour ma part, que nous y sommes.

Si l’ivoirien doit beaucoup au français conventionnel, l’une de ses principales caractéristiques est l’usage de nombreuses expressions calquées sur nos ethnies, aussi bien du point de vue de la syntaxe que de la sémantique.

« Au yôrô : espace nouchi » et espace ivoirien d’Attoungblan.net est une lucarne ouverte à tous les nouchiphones et à tous les ivoirophones d’ici et d’ailleurs. Cet espace est donc aussi le vôtre ; toutes vos contributions seront les bienvenues.

Merci de les adresser au Dr. Djandué Bi (bathestyd@yahoo.fr) et/ou au Dr. Yapi Kouassi (miguelyapi4@gmail.com).

On est ensemble !

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