« MI JI, MI WOUN » : QUAND LES BAOULÉ DISENT MA FEMME OU MON MARI.

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Nos langues sont une partie de nous-mêmes. Chacun de nous est la langue qu’il parle. Parler une langue, surtout sa langue maternelle, en devient un réflexe tel que nous parlons souvent sans même penser aux mots que nous utilisons pour transmettre des messages. D’une certaine façon, nous prononçons simplement les mots, à eux de dire ce qu’il y a à dire. Mais lorsque nous nous arrêtons un moment pour penser aux sens des mots que nous avons l’habitude de prononcer sans les interroger, alors nous découvrons des perles et la sagesse des anciens nous éblouit de tout son éclat. Les mots ne naissent jamais par hasard, surtout ceux qui expriment des choses importantes.

Pour cette première contribution, nous avons décidé de nous arrêter sur deux expressions de la langue Baoulé : « mi yi », qui signifie « ma femme, mon épouse » et « mi woun », « mon mari, mon époux ».

QUAND LES GOURO DISENT MA FEMME OU MON MARI!

Ainsi, l’expression « mi yi » pourrait provenir du verbe « yilè », c’est-à-dire, « enlever, extraire de » et « mi woun » de l’adverbe de lieu « woun » qui veut dire « à côté de ». On pourrait en déduire que quand l’homme baoulé dit « mi yi », il veut dire « celle que j’ai enlevée » d’une famille. Et lorsque la femme baoulé dit « mi woun », elle veut dire « celui à côté de qui je suis », qui est aussi « celui qui est à côté de moi ». Mais le fait est que chez les Baoulé, comme chez la plupart des peuples de Côte d’Ivoire, c’est l’homme qui marie la femme et l’envoie chez lui.

Il faut aussi rappeler que dans l’ancien temps, les femmes étaient parfois volées, « enlevées » de force en vue du mariage. Dans tous les cas, que ce soit par la force ou par la négociation, la femme mariée est toujours « enlevée » d’une famille, d’où « mi yi » du verbe « yilè » (« enlever »).

Pour finir, on pourrait faire une lecture biblique de ces deux expressions relatives à la vie conjugale. Il est écrit dans le Livre de la Genèse qu’après avoir créé l’homme, Dieu s’est vite rendu compte qu’il n’était pas bon pour lui de « vivre seul ». Il pratique donc sur lui la première anesthésie de l’Histoire de la médecine et lui enlève une côte à partir de laquelle il crée la femme. Lorsque l’homme se réveille, il s’écrie : « Voici cette fois l’os de mes os et la chair de ma chair, celle-ci, on l’appellera femme, car c’est de l’homme qu’elle a été prise. » (Gn.2, 23). L’interprétation s’impose d’elle-même : « mi yi » serait aussi « celle qui a été enlevée » de moi et « mi woun » « celui dont je suis le côté », voire la côte.

Par Dr DJANDUÉ Bi Drombé

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