APPEL A CONTRIBUTIONS PERMANENT 01 : NOMS ET IDENTITÉS CULTURELLES A L’ÈRE DE LA MONDIALISATION : LE CAS DE LA CÔTE D’IVOIRE

0 220

Obtenez des mises à jour en temps réel directement sur votre appareil, abonnez-vous dès maintenant à Attoungblan.net.

Ceci est la première d’une série de publications que je propose que nous consacrions ensemble à l’onomastique des peuples de Côte d’Ivoire, ce terme désignant une branche de la lexicologie ayant pour objet l’étude des noms propres, notamment dans sa partie qui étudie les noms de personne, c’est-à-dire, l’anthroponymie (http://www.larousse.fr).

Je voudrais donc commencer par une sorte d’introduction générale à cette thématique.

Il est d’autant plus important de parler des noms de chez nous et de leurs sens, qu’on a l’impression aujourd’hui en Côte d’Ivoire que les parents, moi y compris, ne savent plus comment appeler leurs enfants.

D’où la prolifération de noms kilométriques qu’il faut toujours abréger quand on doit les inscrire sur des papiers, avec tous les risques y liés. Pourquoi tant de fantaisies et d’exotisme ?

Je laisserai le soin aux plumes les plus avisées d’écrire le moment venu sur l’impact que peuvent avoir les noms sur le comportement et la vie des individus.

En attendant, il est bon de savoir que les noms sont un élément de l’identité culturelle d’un peuple, et qu’à force de diluer les nôtres dans des chants de crapauds et d’oiseaux migrateurs, nous courons le risque de devenir anonymes à la table de la mondialisation. Le nom participe aussi de la construction du regard que les personnes portent sur elles-mêmes et de leur auto-estime, puisqu’il les rattache à une famille, un peuple, une culture, une histoire, etc.

jean-marie-adiaffi.69307-meme-destin-foi-sait-devient-peuple-perd-interpreter-signes-etranger-propres-symboles-mythes

De ce point de vue, même si les prénoms français contribuent à nous rattacher aujourd’hui à la grande famille francophone, leur introduction dans notre état civil était déjà un moyen pour le colonisateur d’altérer nos identités culturelles afin que, cessant d’une certaine façon d’être nous-mêmes, nous commencions à devenir lui. Mais nous avons souvent cessé d’être nous-mêmes sans pourtant devenir vraiment eux: chauves-souris des temps modernes!

Beaucoup de nos ancêtres sont morts en luttant contre la colonisation ; beaucoup d’autres donneront leur vie pour notre indépendance. Leur victoire, qui récompense l’échec des premiers, a, depuis, ouvert la voie à une autre lutte, celle visant à reconquérir nos identités culturelles fragilisées et à nous guérir de tous les complexes d’infériorité inoculés dans nos âmes africaines.

Ce combat, que certains mènent actuellement contre le franc CFA, passe aussi par la récupération de nos noms gouro, baoulé, agni, senoufo, yacouba, akyé, dida, bété, etc. Non pas qu’il faille supprimer de notre état civil les prénoms français, mais à quoi sert-il d’aligner trois, quatre ou cinq prénoms français et d’ailleurs pour un seul et même individu ?

Quand on a trop de noms, on finit par répondre « non » à certains alors même que le nom est par nature ce à quoi on répond toujours « oui ».

N’avons-nous pas chez nous des noms capables de nous identifier ? Nos noms ne sont-ils pas assez beaux à nos oreilles pour que nous les portions sur nos papiers et dans nos cœurs ? A ceux et celles qui le pensent ou qui le croient, nous voulons démontrer le contraire. Chez nous aussi, comme chez tous les peuples du monde, les noms ne se donnent pas par hasard ; ils ont toujours un sens voire une histoire. Nous y reviendrons !

l-univers-des-noms-et-prenoms-en-cote-d-ivoire

En attendant, je voudrais, pour terminer ce texte introductif, partager une expérience vécue en Espagne. J’y ai été pour les études de 2009 à 2012. Un jour, un camerounais avec qui nous vivions attira mon attention sur une vérité qui nous échappe tous souvent, parce qu’à trop regarder les autres, on ne se voit parfois plus soi-même.

Qui n’a jamais ri en voyant des français s’appeler MOUTON, CAILLOUX, RIVIÈRE ou encore POISSON ? Au moment où j’écris ces lignes, l’actualité est marquée par le retour en France de LOUP BUREAU, un reporter indépendant de 27 ans après cinquante et un jours de détention en Turquie.

Alors le désormais docteur M’bassi Stanislas de me dire : « Mais Djandué, nous nous moquons en entendant ces noms français alors même qu’il en existe dans nos propres langues. » C’est alors que je me rendis compte qu’en gouro et dans toutes les autres langues de Côte d’Ivoire et certainement d’Afrique, des personnes portent des noms d’animaux, de végétaux, de partie du corps, d’objets et de lieux de la vie quotidienne et bien d’autres. En voici un petit aperçu en ce qui concerne le gouro, le baoulé et le bété.

POUR LE GOURO:

ORIGINE

FORME FRANCISÉE PRONONCIATION AUTOCHTONE

SIGNIFICATION

Règne animal Mangoné Mangwlin Coq
Gangoné Ganhangwlin Girafe mâle
Douh, Dougoné Douhou, Dougwlin Buffle, Buffle mâle
Dri, Driti, Drigoné Dri, Driti, Drigwlin Bœuf, Père du bœuf, Taureau
Vihi Vihi Éléphant
Boli Bwoli Cabri
Bla Bwla Mouton
Kalébo Kalbo Crabe
Kanvoli Kanvoli Vautour
Goli Goli Panthère
Volé Vwlê Biche
Zorro Zrō (moyen)/Zró (haut) Abeille ou Gazelle
Gouessé Gwêssê Mamba vert
Sérébou Srêbou Tisserin femelle
Béli Bwéli Corne
Règne végétal Lopoua Lopwa Bandji du deuxième jour
Djangoné Djangwlin Un type de palmier
Goré ou Gooré Gôwlê Iroko
Kobé Kôhôbê Branches de l’arbre d’akpi
Anatomie Lorou Lôlr Lèvres, par extension, bouche
Yué, Hué Yuê Œil, yeux
Konin Kônin Nombril
Gané Ganlin Pieds
Objets et lieux communs Céli Céli Filet
Koulé Kwlê Chaussures
Bli Bwli Dépotoir
Autres Golé Gwlê Caillou, pierre, rocher
Irié/Iritié Yriê ou yritchê Soleil
Gohi Gwêyi Argent

Source : Dr. Djandué Bi Drombé

POUR LE BÉTÉ:

ORIGINE FORME FRANCISÉE PRONONCIATION AUTOCHTONE

SIGNIFICATION

Règne animal Blé, Bley Blê Buffle
Tchétché Tchitchê Aigle
Lué Luê Éléphant
Bili Bili Bœuf
Djagba Djagba Héron pique-bœuf
Gbi Gbi Panthère
Zoukou Zoukou Chenille
Zakoté Zacotí Coq ‘rusé’
Libi Libi Biche
Règne végétal Djédjé Djìdjí Iroko
Sokou Sokou Asperge
Galo Galô Palmier
Bateh Batê Banane
Anatomie Glehi Gleï Dent
Tétéhi Tétéi Talon
Dahi Daï Nombril
Kota Kota Main

Objet et lieux communs

Digbeu Digbeu Mortier
Tagba Tagba Étagère
Hibo Yibo Fleuve
Autres Yoro Yro Soleil
Dodo Dôdô Terre
Sika Sika Or

Sources : Gouza Martial et Séri Ouguignon Guy Aristide, doctorants

POUR LE BAOULÉ:

ORIGINE FORME FRANCISÉE PRONONCIATION AUTOCHTONE SIGNIFICATION
Règne animal Béra Béra Touraco
Djèkè/Djué Djèkè/Djué Poisson
Kongo Kohn’go Escargot (espèce de petite taille)
Zougou Zougou Chenille
Règne végétal et animal Allah Êlah, Èlah Iroko
Frondo Flôhn’do Baobab
Goly, Goli Gôli Espèce d’arbre
Kakadjié Kakadjé Fourmi tisserande
Kodro Kohn’dro: Loloti Arbre médicinale
Django, Diango Djanhn’go Ficus
M’mé Palmier
Anatomie Doua, Dua Dwa Queue
Objet et lieux communs Atin, Atoungbré Atih’n, Attoungblé Route
Minan Mlan Éponge
Houphouët Ofouhè Dépotoir
Yobouet Yôbouè Caillou, Pierre
Boka Oka Montagne
Akpoué Akpouê, Akpouè Roche
Assié Assiê Assiè Terre
Bla Bla Fontaine
Faitai Faitai Lac
Kongo Kohn’go Vallée
N’go N’go Huile de palme
N’zué N’zué Eau
Autres Abonouan. Abonouan Étonnant
Allaly Allaly Quiétude
Kondro Kohn’dro Pagne
Kramo Klanhmôh, Klanhmô Marabout
Kanga, Kangah Kahngah, Kahn’ga Esclave
N’gonian Désespoir
Saraka Sraka Sacrifice

Source : Dr. Yapi Kouassi Michel

La liste est loin d’être exhaustive pour les trois communautés ethniques prises en compte dans cette introduction. Mais les noms recueillis dans les tableaux ci-dessus laissent déjà apparaître des points communs entre ces groupes ethniques, qui reflètent les échanges et les influences mutuelles opérés entre les peuples de Côte d’Ivoire au cours de l’histoire. Ce pourrait être aussi le fait de coïncidences heureuses traduisant une dimension universelle de l’anthroponymie. On peut constater, en effet, que les noms des mêmes réalités ou phénomènes naturels ou culturels, dans chaque langue, sont utilisés aussi pour les personnes. Petit aperçu :

GOURO BÉTÉ BAOULÉ SIGNIFICATION
Vihi Lué ˗ Éléphant
Dri Bili ˗ Bœuf
Douh Blé, Bley ˗ Buffle
Goli Gbi ˗ Panthère
Mangoné Zakoté ˗ Coq
Volé Libi ˗ Biche
˗ Zoukou Zougou Chenille
Goré, Gooré Djédjé Allah Iroko
˗ Galo Palmier
Konin Dahi ˗ Nombril
˗ Dodo Assié Terre
Golé ˗ Yobouet Pierre, Caillou
Irié, Iritié Yoro ˗ Soleil

 

Pour le Malinké ou Dioula qui n’y figure pas, comme d’ailleurs l’immense majorité, on peut relever en passant que des noms tels que BAMBA ou DIARRA renvoient respectivement au Crocodile et au Lion. En Abouré, le nom POUPOIN signifie Dépotoir ; en Wan, MOLI veut dire Cabri et KPOTI, Pierre ou cailloux ; etc.

image7176-624x447

Après ce regard panoramique sur l’onomastique des peuples de Côte d’Ivoire, nous attendons des contributions spécifiques pour chaque sous-groupe ethnique.

Des pistes de réflexion intéressantes s’ouvrent d’elles-mêmes rien qu’en évoquant cette thématique : la formation et la morphologie des noms ivoiriens, leurs sens et leurs typologies, les critères qui président à leur choix et leur utilisation sociale. Toute proposition constructive est la bienvenue. A nos plumes !

Pour la présentation des textes, merci de respecter ces quelques indications typographiques : Extension : 2 à 6 pages ; Police : Time New Roman ; Taille : 12 ; Interligne : 1,5 Cm ; Marges : 2,5 Cm sur tous les côtés. Merci également de citer toutes vos sources, qu’elles soient orales, écrites, digitales ou de toute autre nature. Adresses pour l’envoi des textes : bathestyd@yahoo.fr (Dr. Djandué Bi Drombé) et/ou miguelyapi4@gmail.com (Dr. Yapi Kouassi Michel).

LA RÉDACTION

Commentaires
Loading...
%d blogueurs aiment cette page :