« AN ZRAN » OU « MON MARI » EN GOURO : UNE AUTRE INTERPRÉTATION EST POSSIBLE.

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Dans l’un des tout premiers articles publiés sur Attoungblan.net, en creusant dans certains mots de la langue gouro pour en révéler les trésors sémantiques cachés au commun des locuteurs, j’avais écrit ce qui suit à propos de « An zran », c’est-à-dire, « Mon mari » :

« An zran » signifie littéralement « Je suis versée », pour dire « Je suis paralysée ». Celui ou celle qui est paralysé(e) ne peut plus se déplacer ou parcourir de longues distances. Et ce que la femme mariée a en commun avec le paralytique, et qui pourrait justifier l’utilisation de la même expression par les Gouro pour dire à la fois « Mon mari » et « Je suis paralysée », c’est sans doute cette réduction de la mobilité qui, à la fois physique et sociale, l’installe dans un foyer pour une période indéterminée. » (Djandué, 2017)

En y réfléchissant encore dans la nuit du dimanche 23 au lundi 24 juin 2019 à la faveur d’une insomnie tenace, il m’a semblé qu’une autre interprétation est possible. Par rapport à la première interprétation couverte d’un voile sombre donnant au mariage un arrière-goût de deuil, cette nouvelle interprétation a une tonalité plutôt positive et optimiste qui sied bien à ce que représente profondément le mariage pour la femme africaine en général et pour la femme gouro en particulier. Tant il est vrai que, chez nous encore, le jour de son mariage est le plus beau jour de sa vie pour une femme.

On pourrait en effet lire le groupe nominal « An zran » (Mon mari) comme une forme très contractée de la phrase « An zé nran. » En gouro, cela veut dire littéralement : « Pour moi a été doux/bien. » Autrement dit : « Pour moi a réussi. » On serait donc idéalement parti de « An zé nran » pour aboutir à « An zran » en perdant d’abord le phonème « é » (« An znran ») puis, presque automatiquement, ce « n » qu’il devient de fait impossible de prononcer dans cette position problématique.

On peut en déduire qu’en pays gouro traditionnel, le mariage est synonyme de réussite sociale pour la femme, car c’est dans le mariage qu’elle exerce pleinement sa féminité, dans la mesure où elle en donne toute la plénitude. Et c’est encore peut-être le cas de nos jours puisque, même quand les jeunes filles ont intégré que « le travail est leur premier mari », elles sont nombreuses qui, une fois ce « premier mari » trouvé, vivent comme un drame la difficulté de trouver le « deuxième mari » qui leur permettra de s’épanouir en tant que femme et non plus seulement en tant que citoyenne. La notion même de « premier mari » appliquée au travail en parlant de la femme dans les sociétés africaines modernes, est révélatrice de ce que représente un mari dans la vie d’une femme chez nous. C’est par le travail que la femme se réalise, certes, mais c’est dans et par le mariage qu’elle s’accomplit. À l’ère du féminisme ronflant et triomphant, on peut ne pas être d’accord avec cette affirmation, mais elle trouve sa confirmation dans le for intérieur de chaque femme du monde quand, la nuit tombée, elle se retrouve seule dans son lit.

Par Dr. DJANDUÉ Bi Drombé

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