AIMER ET LE DIRE EN DIOULA OU MALINKÉ

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Pour dire «Je t’aime» en dioula, les locuteurs de cette langue ont le choix entre «Mbifè» et «I (ko) kadi n’gné». Dans sa célèbre chanson «Je t’aime», Salif Kéita dit: «Je t’aime, Mbifè, I love you…», soit la même chose traduite en français, en bambara et en anglais. Avec le reggaeman ivoirien Fadal Dey, dans son titre «Barakissa», nous avons la chance d’avoir les deux expressions susmentionnées: «Barakissa i ko kadi n’gné, nsé ko tè, Barakissa mbifè…» (Barakissa je t’aime, c’est plus fort que moi; Barakissa je t’aime…).

Il est intéressant de savoir que «Mbifè» signifie à la fois «Je te veux» et «Je t’aime». Mais il est encore plus intéressant de savoir que la langue dioula et la langue espagnole disent exactement la même chose, car «Te quiero» signifie aussi en espagnol «Je te veux» et «Je t’aime». Oui, celui ou celle qu’on AIME, on le/la VEUT aussi pour soi tout(e) seul(e). Par ailleurs, quand on dit que l’amour n’a pas de frontière, il se trouve que les mots pour exprimer l’amour sont également souvent les mêmes de part et d’autre de l’océan.

Dans l’autre façon de dire «Je t’aime» en dioula ou malinké, «I ko kadi n’gné» veut dire exactement «J’aime ton affaire» et «I kadi n’gné» «Je t’aime». Dans cette expression, la composante «kadi», de «a kadi», signifie «c’est bon, doux, succulent». Il faut en déduire que «I kadi n’gné» peut se traduire littéralement par «Tu es bon ou doux pour moi». Autrement dit, tu m’es agréable à la vue (ton visage, ta forme), à l’oreille (ta voix), à l’odorat (ton parfum) au toucher (ta peau, ton corps) et même au goûter (tes lèvres, tes baisers).

L’adjectif «kadi» est le plus souvent appliqué à tout ce qui se mange ou se boit. Et en disant agréable au goûter, en particulier, difficile de ne pas penser à la relation étroite qu’établissent d’autres langues de Côte d’Ivoire entre manger et faire l’amour. Il s’agit notamment du Gouro et du Baoulé qui utilisent le même mot pour exprimer l’idée de manger et celle de faire l’amour à une personne. Le dioula nous apporte ici une autre pièce du puzzle: on peut «manger» un homme ou une femme parce qu’un homme ou une femme, ce peut être aussi très succulent.    

Par Dr. Paul-Bathesty DJANDUÉ

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