AFFAIRE DE RIZ (2ème Partie)

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Ils abandonnent la salle où les différents riz locaux sont au bord de l’affrontement. Un riz réussit à se faufiler jusqu’à la table de séance. Il prend le micro que viennent de laisser les initiateurs.

– Assez ! N’avez-vous pas honte de vous entredéchirer pour si peu ? Économisez vos forces pour enfanter et nourrir abondamment afin de satisfaire la demande locale en consommation de riz. Comme nous n’arrivons pas à nous mettre d’accord sur le choix de la table de séance, je vous propose la solution suivante : Les Mandé sont les premiers à s’installer sur cette terre. Ils nous fourniront le bureau de séance. Il y aura des élections après pour choisir les dirigeants de l’association. Eux en sont exclus. Je suis sûr qu’ils feront ce sacrifice, Propose le Riz Dida.

La salle se calme.

– C’est une bonne proposition ! Qu’en pensent les aînés proposés ?

Le Riz Kweni et le Riz Dan appellent le Riz Wan, le Riz Monna et le Riz Gagou de côté pour se concerter. Ils reviennent peu de temps après. Le Riz Dan est leur porte-parole.

– Nous sommes d’accord ! Nous avons toujours accueilli tous ceux qui sont venus après nous, sur cette terre avec bienveillance. C’est un honneur pour nous de diriger la table de séance. Le Riz Wan sera le président de séance. Le Riz Monna sera l’assesseur et le Riz Gagou, le secrétaire. Le Riz Kweni et moi-même leur apporterons notre soutien en cas de difficultés.

AFFAIRE DE RIZ (1ère Partie)

La salle applaudit. Les travaux peuvent commencer. Le président de séance rappelle l’ordre du jour. Il demande à l’assemblée d’y ajouter les divers. Cela est acquis. Le premier point à l’ordre du jour est l’identification formelle des différents riz locaux.

– Chers amis, cela est simple. Chaque peuple a son riz avec beaucoup de variantes. Il y a donc autant de variétés de riz locaux que de peuples présents ici.

– Président de séance, tu as sans doute raison, parce que cela nous fait gagner du temps. Le riz est certainement cultivé partout. Mais, tous les peuples ne possèdent pas de riz propres. Riz Adjoukrou ou Riz Sénoufo. Je n’en ai jamais entendu parler. Seulement, comme tu l’as souligné, nous allons procéder ainsi pour éviter les frustrations qui entraînent des blocages inutiles, intervient le Riz Mahouka.

La salle applaudit pour signifier son approbation.

– On peut passer au second point de l’ordre du jour. L’organisation de la consommation du riz. Le riz est devenu l’aliment le plus consommé dans ce pays, à telle enseigne que le sac de riz est le symbole de l’alimentation de la famille. Le premier achat que fait tout travailleur moderne à la fin du mois est son sac de riz. Voilà pourquoi, nous allons réglementer la consommation du riz.

– On dirait que vous n’avez pas compris le sens de la création de ce ministère. C’est pour promouvoir la production de riz locaux afin d’assurer l’autosuffisance alimentaire en riz. Au lieu de parler des moyens et conditions de production vous parlez de l’organisation de la consommation. Vous voyez « manger » partout, fait le Riz Koyaga.

– C’est toi qui n’as rien compris à cette rencontre. Nous sommes les riz. Nous ne sommes pas les producteurs. Nous nous organisons pour ne plus être consommés n’importe comment. Les producteurs parleront des choses que tu évoques, rectifie le secrétaire de séance. Tout le monde est d’accord. La séance peut continuer.

– J’attends les propositions concrètes, indique le président de séance. Les mains se lèvent dans la salle. On interroge les uns et les autres.

– Il faut organiser le temps de cuisson. On ne doit plus nous faire cuir au-delà de 22 heures. Souvent tu veux te payer un bon sommeil et on te réveille. On te passe à l’eau froide et immédiatement on te passe à l’eau chaude. Vous savez tous l’effet du changement brusque de température sur le corps.

– Moi ce sont les bouches-là qui peuvent me tuer. Les gens te mâchent dans des bouches pâteuses aux haleines intenables. Parfois tu te demandes si c’est par le trou du bas tu passes premièrement. S’il le faut, le ministère doit distribuer une broche à dent et un tube de pâte dentifrice à chacun ; surtout à ceux qui boivent tchapalo et gbêlê-là.

– Moi ce sont les marmites et les écumoires. Il y a des marmites qui sont aussi profondes que des puits. C’est un bagne géant. Et comme si cela ne suffisait pas, on te mélange à l’aide d’écumoires qui ressemblent à des pelles de maçon. Dès que tu penses avoir trouvé la position idéale, on commence à te retourner comme du sable. D’ailleurs le bois est en train de finir. On doit nous cuir désormais sur du feu doux de gaz ou d’électricité dans de petites casseroles modernes.

– Ça dépend de la qualité de tout un chacun. Si on fait cuire Malowousso sur un feu doux il ne cuira au grand jamais. Regarde ses grains on dirait du gravier.

– Pas d’attaques dirigées contre l’un d’entre nous. Nous sommes ici pour réfléchir ensemble sur notre condition de consommation.

– Merci président pour ta vigilance ! Nous devrions avoir de la compassion pour notre camarade Malowoussou. Il est cuit mille fois avant d’être consommé. Sans compter les endroits où on le sèche. Souvent sur du guidron.

– On dit goudron ! Vous êtes venus ici encore avec votre violence qui écorche tout.

– Nous qui ?

– Vous vous ! D’ailleurs c’est vous qui nous maltraitez. Malowoussou, Déhikassia, tous ces noms de mauvais riz sont dans votre langue.

– Président !

– Faites sortir le camarade ! Nous sommes exacerbés de vos propos discriminatoires et blessants. On ne peut rien faire dans ce foutu pays sans que vous ne tombiez dans ces bassesses.

– Merci, président ! D’ailleurs c’est grâce à nos frères que nous avons ce ministère. Au lieu de nous insulter, vous feriez mieux de nous féliciter.

 – Ce camarade doit également sortir. L’État ivoirien appartient à tout le monde. Ses ministères également ; peu importe la couleur de ceux qui les animent. Camarades, vu les dérives, nous avons besoin de faire une pause pour éviter que les esprits ne s’échauffent. La séance est suspendue pour une demi-heure.

À suivre…

Par Irié BOLIBI, Le Prince de Laboll

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