À CHAQUE GÉNÉRATION SON «GOUMIN» (3ème Partie)

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II. LES GOUMIN DU 21ème SIÈCLE

1. Douk Saga et Dj Arafat

Comme Douk Saga, Dj Arafat a tiré sa révérence très tôt. Le premier est le concepteur du phénomène de la sagacité et le père du coupé-décalé. Douk Saga a enchaîné gloires et honneurs avant de rendre l’âme. Comment est-il devenu un « héros national » de son époque? Le genre musical coupé-décalé naît en 2002, dans un contexte de crise sociopolitique grave. Le pays est divisé en deux. Douk Saga et ses compagnons de la Jet Set apportent un peu de joie à une jeunesse livrée à elle-même. Il se définit à juste titre comme « l’ambassadeur de la joie en Côte d’Ivoire, le sommet de la montagne, l’Himalaya. L’homme fort, vraiment fort, et très très fort, sérieusement fort, qui n’est pas président pour rien, premier de sa génération, qui a réussi de grands coups, le premier du genre« . Mais un mal pernicieux l’éloigne bientôt de la scène et finit par avoir raison de lui.

À CHAQUE GÉNÉRATION SON «GOUMIN» (2ème Partie)

Si Douk Saga était connu pour la sape, la fringue, le malin à la choco, Dj Arafat lui n’a pas revêtu d’emblée cette casquette. Fruit d’une enfance passée en partie dans la rue, abandonnée parfois, il avait son style à lui : tatouages, extravagance, dreads, style bad boy, fougueux, abonné aux clash et aux buzz. Dj Arafat a pratiquement fait palabre avec tous les artistes de son domaine et de sa génération, ce qui ne fut pas le cas de Douk Saga. L’héritier avait-il compris le concept? Ses agissements étaient-ils liés au genre musical? Quoi qu’il en soit, beaucoup de jeunes se retrouvent et se reconnaissent en lui, et même beaucoup de grands noms. En dénote l’hommage national et international dont il a bénéficié depuis sa mort accidentelle.

DOUK SAGA ET ARAFAT

La Côte d’Ivoire traverse des turbulences depuis les années 1990, suite au vent de démocratie qui a balayé les vieilles conceptions de gestion du pouvoir en Afrique. Cependant, le cours de l’histoire a fait naître de nouveaux dirigeants plus orientés vers le profit personnel que la gestion véritable d’un état. Or le devoir de tout dirigeant devrait être d’orienter sa gestion dans le sens de la prospérité et du bonheur de tous. La jeunesse étant la frange la plus importante de la population, mais aussi la plus manipulable, les politiques de gestion n’ont pas toujours été à la hauteur de ses attentes, tant au plan social, politique, économique, spirituel que moral. L’abandon ou le rejet des valeurs sociales qui étaient pourtant à la base de la stabilité et la prospérité des sociétés africaines, a plongé la jeunesse dans le désarroi après l’avoir condamnée à une précarité endémique. La démission est totale et partout, au niveau familial comme étatique.

Ainsi donc, la rue qui abrite les bars climatisés et autres hauts lieux de dépravation est devenue le domicile de beaucoup de jeunes. Pendant que certains bravent le désert et la mer pour aller tenter leur chance ailleurs, d’autres sont restés pour se «chercher» dans un environnement qui ressemble plus à une jungle qu’à une société humaine. Et la dépravation des mœurs, et la mise en lambeau de l’école qui amènent irrémédiablement les jeunes à trouver des modèles qui ne sont pas toujours les meilleurs. Beaucoup se retrouvent dans le coupé-décalé parce qu’ils n’ont pas le choix. Des jeunes comme Douk Saga et Dj Arafat qui ont réussi dans ce domaine ont parfois démontré qu’on peut se faire une place au soleil par des voies faciles ou peu licites, en ramant à contre-courant des normes et des conventions.

Douk Saga voulait une reconnaissance nationale. On le lui a refusé, parce que le président d’alors, le président Laurent Gbagbo, avait estimé qu’il ne le méritait pas, puisque le sens de sa musique rime avec une attitude qui ne correspond pas au modèle d’une société normale: «couper», c’est-à-dire «voler» et «décaler» qui veut dire «s’enfuir». On peut être populaire par tous les moyens, mais c’est encore mieux en restant un modèle pour le bien de la société et surtout, de la jeunesse.

Si Douk Saga et Dj Arafat ont en commun le genre musical pratiqué, le second fut le digne successeur du premier après sa mort. Douk saga, bien que frimeur, respectait ses semblables, s’habillait bien, un style qui, à mon sens, n’avait rien à voir avec celui de son successeur. Les raisons de cette différence se trouvent évidemment dans la trajectoire personnelle de chacun. La mort du géniteur du coupé-décalé a aussi causé l’émoi au sein de la jeunesse ivoirienne, même si les circonstances sont différentes: lui décède dès suite d’une longue maladie, l’autre brusquement dans un accident de moto. C’est ici que le goumin fait le plus mal: la mort a frappé au moment où personne ne s’y attendait.

À suivre…

Par Dr. YAPI Michel

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