RENCONTRE AVEC UNE JEUNE PASSIONNÉE D’AGRO-ÉCOLOGIE

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Nous avons l’habitude de nous plaindre d’une jeunesse fainéante, prête à tout attendre des autres, qui passe son temps dans les maquis et s’est abonnée à la vie facile. Il existe aussi, heureusement, une autre jeunesse, positive, consciente, intelligente et qui a une vision. Pascaline YAO, doctorante en philosophie à l’Université Alassane Ouattara (Bouaké), en est une illustration parfaite. Une rencontre sur Facebook et un échange anodin nous a permis de nous intéresser à son profil. Attoungblan.net a décidé d’aller à sa rencontre pour la découvrir et elle a bien voulu s’ouvrir à nous.

Attoungblan.net: Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs?

Pascaline YAO: Je suis Pascaline YAO, âgée de 26 ans, titulaire d’un Master 2 en philosophie à l’Université Alassane Ouattara et je prépare une thèse de doctorat dans cette même discipline. Je suis la fondatrice de la structure Agri’Ub.

A.net: Comment combinez-vous ces deux activités dans la pratique?

PY: J’ai trouvé le moyen de concilier adroitement mon entreprise et mes études. La journée je suis chef d’entreprise et la nuit je travaille sur ma thèse.

A.net: Depuis quand avez-vous eu cette passion pour l’agriculture?

PY: Je suis certes issue d’une famille d’agriculteurs, comme la majorité des Ivoiriens, mais ma passion pour l’agriculture a viré à 380 degrés il y a 5 ans lorsque j’ai découvert que je pouvais apporter des solutions dans le secteur.

A.net: Pourquoi n’avoir pas embrassé une autre activité ?

PY: Ma passion pour le secteur agricole réside dans mon désir ardant de contribuer à l’amélioration du capital santé des populations à travers une alimentation saine. Mon bagage intellectuel est à l’origine de cette passion. Ainsi, sans cette connaissance philosophique, je ne serais pas agricultrice.

A.net: Vous êtes étudiante de thèse en philosophie option bioéthique à l’Université Alassane Ouattara et à l’Université de Concordia au Canada à Montréal, et vous avez décidé d’embrasser l’agriculture. D’où vient cette passion d’embrasser le métier d’agriculture avec tout ce bagage intellectuel?

PY: Pour moi les deux sont intimement liés. En fait, chaque philosophie est fille de son époque. Ainsi, loin d’être la science du bavardage, la philosophie étudie les problèmes de son époque afin d’y apporter des solutions. Ma spécialité en philosophie est la bioéthique. À travers cette discipline je travaille sur la santé humaine. Dans mes recherches je me suis vite rendu compte que la santé humaine est influencée par deux facteurs primaires: la dégradation de l’environnement et la mauvaise alimentation. Pour participer à la résolution de ces problèmes, j’ai intégré des organisations de lutte contre le réchauffement climatique et de sécurité alimentaire. Je prenais part aux grandes rencontres internationales où on donnait de bonnes idées. Cependant, toutes ces résolutions restaient théoriques. Pour impulser le changement j’ai donc décidé de pratiquer tout ce que je disais. J’ai suivi des formations pendant trois ans pour avoir les connaissances nécessaires afin de pratiquer autrement l’agriculture, c’est-à-dire, une agriculture respectueuse de l’environnement et de la santé.

A.net: Pourquoi avoir choisi spécifiquement l’agriculture écologique?

PY: J’ai choisi l’agriculture car ce secteur me permet de résoudre plusieurs problèmes à la fois importants et urgents. Je résous le problème des produits chimiques utilisés en agriculture, je résous également le problème de disponibilité des terres, la question de la déforestation et la question de gestion des ordures ménagères. Le choix de l’agriculture écologique réside dans la volonté de supprimer l’utilisation des produits chimiques afin de produire des aliments sains. En réalité, une alimentation saine est gage de bonne santé. C’est pourquoi Hippocrate disait que ton aliment soit ton seul médicament. Malheureusement, avec l’utilisation des produits chimiques dans la production agricole, notre aliment devient notre poison. Ainsi, on ne mange plus pour vivre, on mange plutôt pour tomber malade et mourir. L’utilisation des produits chimiques pose un véritable problème de santé publique. C’est pourquoi je propose l’agriculture écologique. L’agriculture écologique n’utilise aucun produit chimique dans la production agricole. Nous utilisons les plantes pour lutter contre les ravageurs.

A.net: Quels sont les avantages liés au type d’agriculture que vous pratiquez?

PY: Dans la situation actuelle du monde nous faisons face à un problème de disponibilité de la terre cultivable. Selon le rapport quinquennal de la FAO de 2015, 80% de la déforestation est due à l’agriculture. Or d’année en année la population mondiale ne fait que s’agrandir. Alors comment nourrir une population de plus en plus grandissante? En utilisant nos espaces déjà habités pour cultiver nos aliments, on peut parvenir à une autosuffisance alimentaire. En plus du volet sécurité alimentaire, l’agriculture urbaine permet de préserver la biodiversité du moment où on ne cultive plus en forêt. En agriculture urbaine on peut cultiver partout et à différentes échelles (les potagers dans les ménages, les potagers communautaires, l’agriculture hors-sol, la serriculture)

A.net: Quels types d’activités pratiquez-vous?

PY: Mes activités: Agri’Ub accompagne les producteurs en agroécologie; Agri’Ub accompagne les producteurs en agriculture urbaine et en serriculture; Agri’Ub forme les ménages en jardin potager; Agri’Ub produit des bio-pesticides; Agri’Ub produit des engrais organiques avec les déchets; Agri’Ub produit des maraichers et des fruitiers.

A.net: Quels sont vos projets à court, moyen et long termes?

PY: Mon objectif à court et moyen termes est de convertir au moins 900 agriculteurs en agro-écologistes; former 5000 ménages en jardin potager; approvisionner les grandes surfaces du pays en légumes organiques (sans pesticide ni OGM et meilleur que le bio). À long terme; mettre en place une firme de fabrication d’engrais et pesticides organiques, ouvrir un centre de formation en agriculture écologique et urbaine, convertir tous les agriculteurs du pays en agro-écologistes, ouvrir à l’extérieur.

A.net: Vos plantations produisent-elles déjà? Si oui, comment écoulez-vous vos produits ?

PY : Mes plantations produisent déjà. Vu que mes légumes sont de qualité supérieure, les grandes surfaces et les grossistes s’approvisionnent directement dans la plantation, du coup je n’ai plus besoin de moyen de transport pour écouler mes légumes. J’accompagne 66 producteurs en agriculture écologique. J’ai produit plus de 1000 tonnes d’engrais organiques pour des producteurs. J’ai formé depuis le début de la crise sanitaire 86 ménages en jardin potager.

A.net: Quels conseils donneriez-vous à vos jeunes frères et sœurs qui attendent tout d’une âme généreuse?

PY: À toutes ces personnes qui attendent tout d’une âme généreuse, mettez la main à la pâte et vous recevrez certainement de l’aide. Notre société pose beaucoup de problèmes en attente de solutions, alors soyez ceux qui apportent une solution. Je ne crois pas au manque d’emplois car il y a assez de travail pour tous les habitants de la terre. Tout dépend de votre orientation. Bien que doctorante, je suis agricultrice et j’en suis fière.

Interview réalisée par Dr YAPI Michel

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